43 - Dystopie ou pas ?

Dystopie* ou pas ?

*Dystopie définition : Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'il soit impossible de lui échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale sur des citoyens qui ne peuvent plus exercer leur libre arbitre. Une dystopie peut également être considérée, entre autres, comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie (Wikipédia)

Tout genre littéraire se distingue par des codes qui le définissent. Une dystopie décrit une société plutôt futuriste et surtout pas utopique puisque son fonctionnement est censé réprimer les libertés. Elle s’appuie sur les progrès de la technologie et de la science. La Dystopie est une branche de la Science-fiction. Les événements comme le décor doivent être envisageable d’une façon rationnelle. C’est pour cette raison que je précise « Dystopie ou pas » pour cet atelier en ligne n° 43. Comme dans le roman ci-dessous qui tient plus du « récit parabolique », je vous propose surtout de laisser libre cours à votre imagination.

A - Le mur invisible de Marlen Haushofer (1920 – 1970) Autriche

Journal de bord d'une femme ordinaire, confrontée à une expérience - limite. Après une catastrophe planétaire, l'héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s'être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en main son destin dans un combat quotidien contre la forêt, les intempéries et la maladie. Et ce qui aurait pu être un simple exercice de style sur un thème à la mode prend dès lors la dimension d'une aventure bouleversante où le labeur, la solitude et la peur constituent les conditions de l'expérience humaine.

Extraits : « À ce moment-là, je n’avais pas encore perdu l’espoir ; il résista longtemps. Même quand je dus m’avouer que je n’avais plus aucune aide à attendre, cet espoir insensé resta en moi ; un espoir contraire à toute raison et contraire à ma propre conviction. (…)

Puisqu'il n'y a plus personne pour prononcer mon nom, il n'existe plus. (…)

La Mercedes noire de Hugo. Quand nous sommes arrivés avec, elle était presque neuve. Aujourd’hui, recouverte d’herbe, elle sert de nids aux souris et aux oiseaux. Quand la clématite fleurit au mois de juin, elle devient très belle et se met à ressembler à un gigantesque bouquet de mariée. Elle est belle aussi en hiver lorsqu’elle est brillante de givre ou se couronne d’une coiffe blanche.

Au printemps et à l’automne, je distingue entre les tiges brunes le jaune passé de ses coussins jonchés de feuilles de hêtre, mêlées à des petits morceaux de caoutchouc mousse et de crin, arraché et déchiqueté par des dents minuscules. La Mercedes d’Hugo est devenue un foyer confortable, chaud et abrité du vent. On devrait placer des voitures dans les forêts, elles font de bons nichoirs. (…)

Aujourd'hui vingt-cinq février, je termine mon récit. Il ne me reste plus de feuille de papier. Il est cinq heures du soir et il fait encore assez clair pour que je puisse écrire sans lampe. Les corneilles se sont envolées et tournent au-dessus de la forêt. Quand elles auront disparu, j'irai dans la clairière porter à manger à la corneille blanche. Elle m'attend déjà. .....(…)

Proposition A - Comme l’auteure du Mur invisible, vous êtes partie seul (e) pour un séjour de vacances dans un endroit particulièrement tranquille et isolé : une île, un hameau de haute montagne, une hutte en bordure du désert, une cabane dans les arbres ou une yourte dans une plaine de Mongolie ou une vallée normande... Un matin vous découvrez que toutes les communications sont coupées. Vous vous retrouvez seul (e) sans autre contact que les animaux vivants sur place. Racontez-nous vos découvertes, vos recherches, votre organisation pour survivre…

B - La servante écarlate de Margaret Atwood

Margaret Eleanor "Peggy" Atwood, romancière, poète et critique littéraire canadienne.

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Galaad, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, servante écarlate parmi d'autres à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de sa femme. Le soir, dans sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau clandestin, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Extraits : « Raconter, plutôt qu’écrire, parce que je n’ai pas de quoi écrire et que de toute façon il est interdit d’écrire, mais si c’est une histoire, même dans ma tête il faut que je la raconte à quelqu’un. On ne se raconte pas une histoire seulement à soi-même. Il y a toujours un autre. Même quand il n’y a personne. (…) L'ordinaire, disait tante Lydia, c'est ce à quoi vous êtes habitués. Ceci peut ne pas vous paraître ordinaire maintenant, mais cela le deviendra après un temps. Cela deviendra ordinaire. (…)

« Notre fonction est la reproduction : nous ne sommes pas des concubines, des geishas ni des courtisanes. Au contraire : tout a été fait pour nous éliminer de ces catégories. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets, nulle faveur particulière ne doit être extorquée par des cajoleries, ni de part ni d’autre ; l’amour ne doit trouver aucune prise. Nous sommes des utérus à deux pattes, un point c’est tout : vases sacrés, calices ambulants. » (…)

Le désir et l'orgasme ne sont plus considérés nécessaires ; ils ne seraient qu'un symptôme de frivolité, comme des jarretelles tape-à-l'œil, ou des grains de beauté : distractions superflues pour des écervelés. Démodées. Cela paraît étrange que les femmes aient jadis consacré tant de temps et d'énergie à s'informer de ces choses, à y penser, à s'en inquiéter, à écrire à leur propos. Il est tellement évident que ce sont des divertissements. (…)

Les femmes prenaient des médicaments, des pilules, les hommes aspergeaient les arbres, les vaches mangeaient l'herbe, toute cette pisse épicée a coulé dans les rivières. Sans parler des explosions d'usines atomiques, le long de la faille de San Andreas, sans défaillance humaine, au moment des tremblements de terre, et la souche mutante de syphilis, qu'aucune moisissure ne pouvait arrêter.(…)

Pas un pissenlit en vue ici, les pelouses sont soigneusement épilées. J'ai la nostalgie d'un pissenlit, un seul, poussé au hasard, dans son insolence d'ordure, difficile à éliminer et perpétuellement jaune comme le soleil. Gai et plébéien et brillant pareillement pour tous. Nous en faisions des bagues, et des couronnes et des colliers, nous tachant les doigts de son lait amer. Ou j'en tenais un sous son menton : "Est-ce que tu aimes le beurre ?" A les sentir, elle se mettait du pollen sur le nez. Ou montés en graine : je la vois, courant à travers la pelouse, brandissant un pissenlit comme une allumette japonaise, petite baguette de feu blanc, et l'air se remplit de minuscules parachutes. "Souffle, et tu pourras savoir l'heure". Toutes ces heures envolées dans la brise d'été. C'étaient les marguerites pour lire l'amour, et nous les effeuillions à l'infini.

Proposition B – 2060 Comme prévu, l’eau est montée dans un certain nombre de régions du monde. Bien protégée par ses frontières et un gouvernement centralisé efficace et autoritaire, l’Europe survit notamment grâce à des lois "écologiques" drastiques. Afin de garantir l’espace nécessaire à l’industrie agro-alimentaire chargée de la fabrication des aliments protéiniques pour humains, les surfaces cultivables sont réservées aux céréales, aux fermes d’insectes et aux cultures extensives de légumes, il est interdit d’avoir des prairies, d’y faire paître des animaux et d’élever ou de recueillir tout animal non végétarien ou insectivore. Votre héros, héroïne s’organise pour contourner les lois. Comment ?

Proposition C - Vous créez votre propre dystopie et votre personnage en vous inspirant des grands sujets actuels : pandémie, PMA, GPA, « genres », migrations, montée des eaux, transformations (Personnage transformés : transhumanisme, chirurgie esthétique, implants) utilisation de réalité augmentée, hologramme, Fake news…

L’important c’est de rester réaliste et crédible, de décrire de manière précise des situations et des personnages profondément humains et pourquoi pas émouvants, attachants… Eventuellement nostalgiques du temps « d’avant » Bien entendu en soignant particulièrement votre style.


Illustrations :

Jacub Rozalski Illustrateur Pologne, 2 sites :

1 - https://www.artstation.com/jakubrozalski

2 - Simon Stålenhag illustrateur Suède https://designspartan.com/presentation/linimaginable-suede-retro-futuriste-vue-par-le-digital-painter-simon-stalenhag/

Merci de m'adresser votre ou vos textes pour le vendredi 8 octobre 2021, par mail en pièce jointe (word ou open office) si vous souhaitez des images en jpeg s'il vous plait. A bientôt ! Sybille