45 - Deux ou trois choses du quotidien

45 – deux ou trois petites choses du quotidien

Ecrire c’est parfois savoir mettre en scène les moments, le décor et les habitudes de notre quotidien mais aussi nos rencontres insolites.

Savoir décrire avec des mots précis l’étoffe d’une robe, la couleur d’un ciel d’hiver ou le goût d’un plat de saison. C’est entrer dans la peau de votre personnage ou de celui ou celle que vous étiez pour décrire tous les éléments d’un moment inoubliable ou particulier. C’est aussi observer là où vous allez (supermarché, médecin, train ou station-service) ceux que vous croisez.

Pour vous accompagner, j’ai choisi trois extraits de romans de cette rentrée littéraire.

A – Le temps qu’il fait

Le fils de l’homme de J.B. Del Amo (article de Diacritic : https://diacritik.com/2021/08/20/je-suis-fait-de-mon-temps-jean-baptiste-del-amo-le-fils-de-lhomme/)

Extrait : les derniers lambeaux de brume se dissipent brusquement et le contour distinct du massif surgit. La nuit porte maintenant en elle l'attente de l'aube, cette infime variation qui détache les contours du monde sans qu'il soit encore intelligibles, laissant seulement paraître des degrés d'obscurité. Un voile jusqu’ alors invisible se déchire ; tout ce qui se tenait retranché dans la coulisse de la nuit est soudain baigné par une lueur bleuâtre qui ne semble pas provenir de l'extérieur des choses mais plutôt émaner d'elles, une phosphorescence livide qui suinterait des pierres, du bitume, du tronc des pins et de la frondaison des arbres. Le fils de l’homme Jean Baptiste del Amo

Proposition A - Mémoire : Enfant, adolescent ou plus récemment, vous avez vécu un événement marquant, inoubliable (premier jour d’école, premier deuil, première rencontre amoureuse etc…) et vous vous souvenez très précisément de la météo de ce jour-là, du décor. Des années après, décrivez, au présent de narration comme dans l’exemple, ou au passé, la météo et l’ambiance du jour J. Vous pouvez également utiliser la deuxième personne.

B – La robe qu’elle portait

La fille qu’on appelle de Tanguy Viel

Comme Article 353 du code pénal (Minuit, 2017), le précédent roman de Tanguy Viel, La Fille qu’on appelle tient beaucoup du roman noir. L’intrigue en est policière et prend à nouveau la forme d’une déposition. Mais si le narrateur du premier s’exprimait en un long récit personnel, le romancier a abandonné ici la caméra subjective pour suivre ses personnages d’un point de vue extérieur quoique proche. Peut-être s’est-il senti moins « légitime », comme il le dit lui-même, à donner voix directement à une femme aux prises avec le patriarcat. Mais cela lui permet aussi de cerner au plus juste des psychés très différentes.

Extrait :

Puis, regardons l'heure sur son téléphone, elle a refermé le journal, posé 2€ dans la coupelle devant elle et s'est levée. Dans la grande vitre du café elle s'est estimée une dernière fois, certaine dira-t-elle plus tard, qu'elle avait fait le bon choix, cette veste en cuir noir qui laissait voir ses hanches, dessous la robe en laine un peu ajustée, le vent à peine qui en effleurait la maille quand elle tirait dessus.

Oui a-t-elle dit aux policiers ça peut vous surprendre mais je me suis dit que j'avais fait le bon choix, ça et les baskets blanches qu'on a toutes à 20 ans, de sorte qu’on n’aurait pas pu deviner si j'étais étudiante ou infirmière ou je ne sais pas, la fille qu'on appelle.

La fille qu'on appelle ? a demandé l'un d'eux. Oui ce n'est pas comme ça qu'on dit ? Call girl ? La fille qu’on appelle de Tanguy Viel

Proposition B – Observation : Vous l’avez croisé (e.) au supermarché, à la mairie, dans le train, au centre de vaccination, à l’atelier d’écriture… Il ou elle vous a paru différent des autres comme sil ou elle avait délibérément cherché à écrire sa vie en choisissant ses vêtements, son parfum, ses couleurs ou au contraire comme si tout dans son attitude, ses accessoires et ses habits étaient falsifié, détourné. Brossez le portrait de celui ou celle que vous avez croisé en utilisant au maximum un vocabulaire précis (matières définies, cuir, skaï, coton, pantalon chino ou jean, bottines ou escarpins ou baskets, marques etc) mais également attitude, maquillage, expressions.

C –Thé ou café, Steak frites ou légumes et tofu ?

L’Arbre ou la maison d’Azouz Begag

Azouz Begag est un homme politique, écrivain, diplomate et chercheur français en économie et sociologie.

Deux frères préparent leur retour en Algérie. Ils vont redécouvrir la maison de leur enfance, en même temps qu’un pays en pleine révolution démocratique. Un voyage initiatique fait de chair, de larmes et de rires.

Extrait :

Il prépara du café, m’avertissant qu’actuellement c’était la pagaille au bled, vraiment pas le bon moment pour y aller. (…)

- Du lait dans ton café ?

- Cent cinquante euros Lyon-Sétif…

- Du sucre ? poursuivit-il avant de me demander si ce tarif là était valable pour l’aller-retour.

Après confirmation, il ouvrit son ordinateur et découvrit les promotions de la compagnie.

- OK on y va, mais je te préviens à la moindre insulte, à la moindre contrariété, je plaque tout et je mets les voiles je n'ai pas oublié comment tu m'as chauffé avec les nerfs avec la Annette Smith …

Heureux de mon succès je sortis de la maison et remontai dans ma voiture.

- T’as même pas bu ton café.

-Je me suis mis au thé depuis des années.

- T’aurais pu le dire avant. J’aime pas le gaspillage, tu le sais pourtant !

L’Arbre ou la maison Azouz Begag

Proposition C – Dialogue. Thé ou café, poisson ou viande etc… Je vous propose de rédiger un dialogue entre deux amis, deux frères et sœurs autour d’un repas. Vous croiserez la discussion familiale ou amicale et ses enjeux avec les choix culinaires et alimentaires de chacun en jouant des oppositions pour ménager l’effet voulu comique ou dramatique.


Merci de m'adresser votre ou vos textes pour le samedi 6 novembre par mail (en pièce jointe Word ou Open office) vous pouvez joindre une photo en Jpeg. Merci et très bon week-end !

Sybille