Pierrette C. Un carnage

Un carnage

C'est l'automne,

Les peupliers mirobolent dans le soleil d'octobre, l'érable rouge, incandescent, rutile.

Les feuilles d'abord indécises papillonnent, batiffolent, puis tombent, vaincues .

Le sol est couleur de sang, un carnage!

Alors elle se penche, ramasse une poignée de feuilles qu'elle chiffonne de ses mains blanches .

Les écorchées crissent et se débattent entre ses doigts, un jus rouge sang coule, telle une peinture tourmentée de Soutine.

Alors elle se dresse, porte ses mains vers son visage blanc, le barbouille de la teinture, la boit comme on goûte un grand cru , elle se saoule et oublie qui elle est.

Alors, elle est toutes les feuilles de l'érable, elle est l' arbre mirobolant dans le soleil d'automne.

«La beauté ne se peut se décrire surtout si elle est éphémère.»

Alors, elle s'y vautre, la goûte, la mange, la dévore.

Un carnage!