46 - Ecrire avec Valdas Papievis

Pour cette 46 ème séance d'écriture en ligne, je vous invite à écrire avec un auteur lituanien...

Écrivain, journaliste et traducteur, Valdas Papievis est né à Anykščiai en Lituanie. Il est l’auteur de plusieurs romans, nouvelles, et a obtenu en 2016 le Prix National de la culture et de l’art pour son œuvre. Il s’agit de son premier roman traduit en français, roman qui a obtenu le Prix du Livre le plus créatif en 2011 et le Prix du meilleur roman lituanien de l’année.

Un morceau de ciel sur terre, Le Soupirail, 2020.

Trad. du lituanien par Caroline Paliulis

Présentation du roman :

Le narrateur, journaliste, d’origine lituanienne, après une rupture, dans l’engourdissement de l’été et une ville en léthargie se sent étranger à lui-même. Il va quitter la capitale, entreprendre un voyage en train puis une longue marche, avec le sentiment que « la beauté touche à sa fin » et s’enfoncer en Provence. Là-bas, il est un étranger dans un petit village, va faire la connaissance d’Anne qui va le loger, sa fille Elisabeth handicapée, et se fondre peu à peu dans d’autres histoires de vie. Etre nulle part et partout, être « un brouillard planant sur les gens et les choses » tout embrasser, avec un regard traversant sur les êtres et les paysages, à la recherche « d’une percée, d’un chemin menant où il n’avait jamais été. » Au fond, la démarche du narrateur, c’est être ailleurs un étranger pour, dans cette fusion avec la nature et les vies des gens, se retrouver soi-même.

Article du Monde :

… Papievis, l’un des plus grands écrivains lituaniens ­actuels, n’avait jamais été traduit en français jusqu’ici. Il faut savoir gré à la petite maison d’édition Le Soupirail de réparer cette étourderie. Papievis a le don du détail juste, de la notation rapide, étrange, qui vous projettent d’un coup dans un univers neuf. Il entraîne son personnage au plus loin de lui-même, dans la vie des autres comme dans une nature d’une beauté presque déchirante, « une beauté qui touche à sa fin », et ­transforme peu à peu ce récit d’un vagabondage en expérience des frontières du monde, en approche du vide. « Il y a tant de lumière, et elle est si vive, que tu ne vois plus rien », écrit-il vers la fin, quand son personnage ­atteint le bout de la route et s’apprête, qui sait ? à ­revenir parmi les vivants. Fl. Go

Extraits du livre :

« Finalement que savons-nous les uns des autres ? Si nous ne savons rien de nous-mêmes. (…)

Peut-être qu'il est encore plus difficile de dire au revoir aux choses qu'aux gens ? (…)

Il lui vint à l'esprit : les habitudes nous enferment et nous rendent semblables ; il lui vint encore : nous sommes comme les cellules d'une prison, même isolées par des murs aveugles, les mêmes choses s'y passent en même temps. (…)

Le pont Julien épouse en son milieu la pointe d'élévation des collines vers le ciel, la rivière est tellement asséchée qu'on dirait que l'eau n'a jamais coulé dans son lit et ne coulera jamais et le pont apparaît là, aussi inutile que la cheminée d'Anne par un jour d'été brûlant, il se dit : ce ne sont pas des mains humaines qui l'ont construit pour relier les deux rives, mais il s'est retrouvé là tout seul et tel un pèlerin, ensorcelé par la beauté de ce pays, il est tombé à genoux, s'est étalé, et depuis déjà trois mille ans, il n'a plus bougé de place. (…)

Proposition A Mémoire :

« Est-ce qu'un jour nous referons l'expérience d'une telle plénitude, comme lorsque nous étions enfants ? »

Enfant, ou il y a de nombreuses années, vous avez ressenti une émotion particulière, dans un lieu familier, étrange, voire insolite, en présence de quelqu’un qui vous était cher ou au contraire seul (le). Cette sensation a pu être brève mais vous n’avez oublié aucun détail. Racontez cette impression en décrivant avec précision, au passé, le décor, vos sensations d’alors et celles d’aujourd’hui en évoquant ces instants de plénitude, de bonheur mais aussi de fragilité.

Proposition B – Conditionnel

« Qu’est ce qui m’a pris de vouloir aller plus loin ? J’aurais pu louer une chambre d’hôtel, j’aurais même pu dormir dans un sac de couchage quelque part en dehors de la ville et même là, au bord de cette rivière asséchée, au milieu des mauvaises herbes, à la belle étoile, maintenant il fait chaud et même si quelque chose m’arrivait dans ces herbes, même si on m’attaquait, qu’est-ce qu’on me prendrait puisque je n’ai rien, absolument rien- je ne me possède même plus moi-même ; j’aurais pu venir ici chaque jour…. »

Après avoir lu cet extrait de Valdas Papivis, je vous propose d’écrire un texte au conditionnel. Revisitez pour cette occasion un moment de votre vie, (ou créez une fiction) qui aurait pu être différent et dans l’action et dans ses conséquences, si vous aviez fait d’autres choix…

Proposition C – Poésie en prose

« Toute cette beauté touchait à sa fin. Il ne se le dit pas à haute voix, seulement intérieurement, pourtant cette sentence, apparut soudainement comme un poignard lacérant ses veines de l’intérieur… Et cette douleur, cette écharde comme un dard, qu’il ressentait depuis longtemps, lui transperça cette fois le corps comme jamais, quand il prononça pour lui-même cette phrase : Toute cette beauté touchait à sa fin. »

Après avoir lu ces extraits de l’auteur, je vous propose de vous glisser dans la peau d’un de ces vagabonds lumineux que sont les poètes. A la première personne, à la seconde ou même à la troisième, votre héros ou votre héroïne prend la route à la suite d’un événement personnel qu’il n’est pas utile de raconter mais que l’on doit sentir à travers l’émotion avec laquelle vous décrirez les paysages découverts ou revus. Choisissez un décor ou une région que vous connaissez bien, c’est important, le décor, la nature, les saisons sont dans cette proposition mais également dans les précédentes, un personnage à part entière.

Merci de m’adresser votre ou vos textes pour le samedi 20 novembre 2021 par mail, sybilledebollardiere@gmail.com, en pièce jointe Word ou open office avec une image en jpeg si vous le souhaitez.

Par ailleurs je vous invite vivement si vous habitez la région de Mortagne-au-Perche, à la Rencontre organisée par la Médiathèque avec l’auteur Valdas Papievis, dans le cadre des rencontres « Boréales ».

Jeudi 18 novembre 2021 à 18h à la Médiathèque, j’y serai bien sûr !