46A - Valérie W - Marcher est une prière


Marcher, sur mes deux pieds, le corps tendu vers le haut, les talons pesant sur les semelles de chaussures confortables. Marcher est une prière. Ma prière pour ces genoux, ces jambes et même pour ces bras. La charpente organisée de mon organisme. La colonne vertébrale invisible et docile. De la cadence régulière nait un souffle d’air, mes cheveux bougent doucement. Ma nuque entrevoit le soleil comme une princesse sur son palanquin dont les voiles se soulèvent sous un vent léger. Sur le paysage changeant s’inscrit mon regard. Aucun appareil, aucun gadget entre lui et moi. Les yeux grands ouverts cherchent l’horizon, et comme un peintre sur le motif, les couleurs, le cadre, les éléments se mettent en place dans la composition idéale de mon souvenir.


Penser à ne pas penser. Laisser les images, les mots, les désirs, se bousculer sur la piste de danse de la rétine. Tandis que le balancement du corps offre des mouvements souples et harmonieux à l’alouette curieuse en vol stationnaire. Marcher encore. Ecouter le chant des sirènes de la nature tentatrice.


Regarde comme cet arbre t’accueille avec un creux moussu. Je souris et poursuis ma route. Sur la peau, un voile de sueur protège du soleil gourmand. Solitude constante. Et si. S’il m’avait accompagné, cette marche aurait-elle le même goût ? Solitude haïe, solitude espérée. Un pas après l’autre, les kilomètres faufilent mon errance sur des chemins balisés. Le retour semble encore long. L’heure viendra où il faudra se reposer avant de repartir. Ou non.



Marcher est une prière sans commencement ni fin.