47 - Ecrire avec Ahmet Altan

« La littérature ne s’apprend pas. Je ne vous enseignerai donc pas la littérature. Je vous enseignerai plutôt quelque chose sans quoi la littérature n’existe pas : le courage, le courage littéraire. Ne vous contentez pas de répéter ce que d’autres ont déjà dit. Ce n’est pas ainsi qu’on travaille. Soyez courageux. La littérature a besoin du courage, et c’est le courage qui distingue les grands écrivains des autres. Voilà ce que vous apprendrez dans cette classe : le courage littéraire. »

Madame Hayat Ahmet Altan

Prix Fémina étranger 2021


47 - Ecrire avec Ahmet Altan

Ahmet Altan, né à Ankara le 2 mars 1950, est un écrivain et essayiste turc, rédacteur en chef du quotidien Taraf. Ahmet Altan est accusé d’avoir participé au putsch manqué du 15 juillet 2016. Il est incarcéré en septembre 2016 et condamné à la perpétuité aggravée en 2018. Sa condamnation est confirmée en appel le 3 mai 2019. Il est libéré en novembre 2019 

Ses deux derniers livres :

· Je ne reverrai plus le monde. Textes de prison, trad. de Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud, 2019,

· Madame Hayat, trad. de Julien Lapeyre de Cabanes, Actes Sud2021 Prix Femina étranger 2021

A - Extraits de « Je ne reverrai plus le monde

Il m’a tendu le paquet

J’ai secoué la tête et dit en souriant :

- Merci je ne fume que quand je suis tendu ». (…)

Et tandis que je me trouvais dans cette voiture dont il m’était impossible d’ouvrir la portière, privé de tout pouvoir sur mon propre futur, contraint à changer de nom, enfin ramené à l’état de misérable insecte piégé dans la toile d’une araignée venimeuse, la première phrase que j’avais prononcée devait nier cet état de fait, à le tourner en dérision(…) D’un côté c’était un corps pris au piège, avec sa chair, ses os, son sang ses muscles et ses nerfs ; de l’autre un esprit vaguement distrait, indifférent aux malheur du corps, considérant de haut ses mésaventures présentes et à venir, car certain d’être intouchable, et qu’une telle certitude rendait intouchable. (…)

Je suis écrivain. Je ne suis ni là où je suis, ni là où je ne suis pas. Vous pouvez me jeter en prison, vous ne m’en­fermerez jamais. Car comme tous les écrivains, j’ai un pouvoir magique : je passe sans encombre les murailles.

Proposition A

Ça vous est déjà arrivé ou vous imaginez que ça puisse vous arriver ou arriver à un personnage de votre imaginaire. Être pour une raison ou une autre (santé, emprisonnement, confinement…) privé de sa liberté de bouger, d’agir et trouver en soi la clé de sa liberté, la clé des champs, celle des songes ou d’une réalité parallèle bien présente dans laquelle vous continuer d’exister pleinement. Grace à votre propre petite phrase décrivez votre état d’esprit et « votre voyage immobile ou enfermé ». Toutes les formes sont possible prose et pourquoi pas poème ?

B - Extraits : Madame Hayat, la vie d’étudiant

Ce roman raconte une histoire d’amour magnifique, celle d’un jeune homme pour une femme d’âge mûr qui éclaire et modifie son regard sur le sens de la vie. Un livre où la littérature, premier amour de ce garçon, devient vitale. Car dans une ville où règne l’effroi, seul l’imaginaire sauve de l’enfermement… Et je vous précise c’est important, en Turc Hayat signifie « VIE.»

Mon pauvre père avait voulu que je devienne ingénieur agricole, et moi j’avais insisté pour faire des lettres. Je crois que dans ma décision, au-delà d’une sorte de rêve d’aventureuse solitude au milieu d’un palais bâti en romans, il y avait la certitude qu’aucun de mes choix ne saurait menacer la sécurité de l’avenir qui m’était promis. (…)

Une semaine après l’enterrement de mon père, je pris le bus de nuit pour retourner dans la ville où j’étudiais. Le lendemain matin, je candidatai pour l’allocation d’une bourse. J’étais un bon étudiant ; la bourse me fut accordée. Je n’avais plus les moyens de payer le loyer du trois-pièces avec grand salon que je partageais avec un ami. Il fallait déménager. Je trouvai une chambre à louer dans un des vieux immeubles d’une rue de la soif où j’allais de temps en temps boire un verre avec mes camarades. C’était un bâtiment de six étages, datant du XIXe siècle, à la façade couverte de grappes violettes et aux balconnets ornés de balustrades en fer forgé. Il y avait aussi un vieil ascenseur en bois entouré d’une cage de fer, mais il ne marchait plus. L’ensemble, jadis, avait probablement servi d’auberge, désormais on y louait des chambres à l’unité. Après avoir mis de côté les quelques vêtements qui m’étaient nécessaires, je déployai une rage absurde, comme si cela me vengeait de nos malheurs, à vendre pour trois fois rien à des brocanteurs mes livres, mon téléphone, mon ordinateur, puis j’emménageai. La chambre avait un lit en laiton, à son chevet une vieille commode en bois, à côté de la porte du balcon une petite table ronde fendue en son centre, une chaise, et un miroir accroché au mur près de la porte. Il y avait aussi une douche et un cabinet, de la taille d’un placard. Pas de cuisine. Un grand salon du deuxième étage faisait office de cuisine commune. Une longue table en bois grossier occupait le milieu de la pièce, flanquée de deux autres semblables. Un énorme réfrigérateur de la marque Frigidaire, vieux d’au moins cinquante ans, ronflait dans un coin. Un comptoir aux bords recouverts de faïence blanche, un évier aux robinets en bronze dont les têtes en porcelaine portaient en français les inscriptions “chaud” et “froid”, un samovar plein de thé, dont l’eau, étrangement, semblait ne jamais cesser de bouillir, et une télévision : c’étaient les seuls objets en partage dans la grande cuisine commune. Le balconnet de la chambre était charmant. Je m’y asseyais sur une chaise pour observer la rue aux vieux trottoirs pavés. À partir de sept heures du soir, elle était bondée. À neuf heures, on ne voyait plus un pavé, une foule bigarrée la recouvrait entièrement, respirant, gonflant et s’élargissant comme un seul et unique corps. Un nuage lourd de senteurs d’anis, de tabac et de poisson grillé montait jusqu’à nous en même temps que les rires, les cris, les braillements de joie. On aurait dit que cette rue, dès l’instant où vous y mettiez le pied, vous faisait oublier le monde extérieur, et vous connaissiez alors l’ivresse d’un bonheur passager. Je suivais de loin cette fête dont j’étais désormais un élément du décor.

B – Proposition : la vie d’étudiant ou d’apprenti… Mémoire ou imaginaire

Jeune homme ou jeune fille, vous avez une vocation ou des projets, une ambition et un jour vous avez quitté le domicile familial pour suivre vos études ou… Commencer une autre vie. Racontez les circonstances de ce départ, décrivez le décor de cette nouvelle vie, vos rêves, vos attentes, vos espoirs et pourquoi pas la réalité.

C – Madame Hayat – Une rencontre

« Elle m’apparut comme une vaste prairie d’herbe verte, une douce prairie qui s’étendait à perte de vue sous le soleil, part d’une nature infinie dont rien ne la séparait : sa joie pure, sa fraîche et tendre volupté évoquaient ces herbes qui ondulaient sous une brise inlassable, et sa désinvolture, qui illuminait tout ce qu’elle touchait d’une teinte légère, comme un matin d’été… Tout ce qu’elle désirait, elle le désirait avec passion : une lampe, danser, moi, une pêche, faire l’amour, un succulent repas… Mais je sentais qu’elle était aussi capable de laisser tomber ce qu’elle avait passionnément désiré avec un désintérêt qui égalait en force le désir. Elle se comportait comme si elle était dotée du droit de tout vouloir et douée de la force de tout abandonner. Et je crois que l’illimitation naturelle de ses désirs avait précisément sa source dans la foi qu’elle avait de pouvoir s’en défaire. Si elle perdait cette foi dans l’oubli, elle cesserait aussitôt de vouloir. »

Proposition C – La rencontre

Vous avez 15 ans, 20 ans ou beaucoup moins et vous venez de rencontrer le premier amour. En rêve ou en réalité, presque trop beau pour être vrai ou pour y croire, il ou elle vous parait venir d’un autre monde, d’un autre temps mais vous en avez plein les yeux et jusqu’à aujourd’hui vous ne l’avez pas oublié… Alors en prose ou en poésie, brossez le portrait du ou de la bien aimée…

Merci de m'adressez votre ou vos textes par mail (Word ou open office) accompagné (s) d'une photo en jpeg si vous le souhaitez pour le vendredi 3 décembre 2021.