48 - Ecrire avec Françoise Sagan I

Pour les deux derniers ateliers de l'année (48 et 49), je vous propose d’écrire avec Françoise Sagan(1935-2004) .

L'élégance de vivre de celle qui disait :« Le malheur est indécent et ne nous apprend rien. »

Aujourd’hui je vous propose de la redécouvrir à travers quelques extraits de ses romans.


Dans le documentaire qu’elle lui a consacré, la réalisatrice Marie Brunet-Debaines*, la décrit Françoise Sagan non pas comme une icône de la jet-set, mais comme la romancière subtile et raffinée qu’elle était. Elle rend hommage à son élégance et à son intelligence. A travers des extraits d’entretiens filmés, se dessine le portrait d’une femme qui écrit un ­roman par an, des pièces de théâtre et qui est avant tout un bourreau de travail. Françoise Sagan, l’élégance de vivre, de Marie Brunet-Debaines, avec la collaboration de Denis Westhoff - Arte

A - Aimez-vous Brahms ?

Quarante ans. L'âge de la plénitude ? Françoise Sagan s'interroge, à travers le personnage de Paule. Paule est décoratrice, divorcée et vit seule. Elle est séduisante et pourtant son visage a perdu sa fraîcheur. Il a quelque chose de résigné. Elle aime Roger depuis six ans et résiste patiemment à ses infidélités. Mais elle rencontre un jeune homme, Simon, qui s'éprend d'elle passionnément.

L'auteure évoque cette relation triangulaire du point de vue de chaque personnage. Mais dans le fond, il s'agit surtout de Paule, de ses doutes, de ses renoncements, de ses désirs. « Aimez-vous Brahms ? » Aimait-elle encore autre chose qu’elle-même et sa propre existence ? »

Paule contemplait son visage dans la glace et en détaillait les défaites accumulées en trente-neuf ans, une par une, non point avec l'affolement, l'acrimonie coutumiers en ce cas, mais avec une tranquillité à peine attentive. Comme si la peau tiède, que ses deux doigts tendaient parfois pour souligner une ride, pour faire ressortir une ombre, eût été à quelqu'un d'autre, à une autre Paule passionnément préoccupée de sa beauté et passant difficilement du rang de jeune femme au rang de femme jeune : une femme qu'elle reconnaissait à peine. Elle s'était mise devant ce miroir pour tuer le temps et - cette idée la fit sourire - elle découvrait que c'était lui qui la tuait à petit feu… »

Proposition A :

Construisez le dialogue, la réflexion, l’échange entre une femme (ou un homme) et son miroir. Il n’est pas seulement le reflet, mais un personnage à part entière, un compagnon de vie ou encore une rencontre fortuite sur laquelle votre héros et héroïne s’attarde. Je pense à un miroir croisé par inadvertance, un reflet dans une vitre de train la nuit… Complices ou au contraire, juge, gardien le miroir prend la parole.

B - Dans un mois dans un an

L'oeuvre de Françoise Sagan est légère, nonchalante, cruelle. On joue, on ment, on s'ennuie, on souffre. Un jour, dans un mois ou dans un an, ses personnages auront cessé d'aimer. Et ils seront à nouveau seuls. Oubliées l'amertume et la tristesse, ils repartiront à la chasse au bonheur.

1. On nait en criant, ce n'est pas pour rien, la suite ne peut être que des atténuations de ce cri (…)

2. Personne n'a jamais le temps de regarder vraiment et la plupart ne cherchent chez les autres que les yeux, pour s'y voir. (…)

3. Il savait trop bien que les passions sont, quand elles existent, le sel de la vie, et qu'on ne peut, sous leur règne, se passer de sel - ce qu'on fait pourtant si bien le reste du temps. (…) Il en était à ce stade de l'amour - et de l'alcool - où l'on est comme envahi par soi-même et où l'on se passe fort bien de "l'autre". (…)

4. Elle partit seule donc au volant de sa voiture, un matin de bonne heure, et roula lentement dans la campagne dénudée de l'hiver. Il faisait très froid et un soleil pâle, étincelant, luisait sur les champs rasés. Elle avait baissé la capote de sa voiture, remonté le col du chandail qu'elle avait emprunté à Jacques et le froid lui durcissait le visage. La route était déserte".(…)

Proposition B :

Vous choisissez l’une des 4 citations ci-dessus et vous continuez le texte en vous laissant porter par votre imagination ou vos souvenirs…

Vous êtes cette femme face à la route, cet homme entre ivresse et passion, celui ou celle qui se cherche dans les yeux des autres ou encore cet enfant qui n’a jamais fini de crier…

C - Des yeux de soie

Comment quitte-t-on quelqu'un ? Et pourquoi ? Voici dix-neuf nouvelles froides et cinglantes, dix-neuf petites histoires qui nous plongent dans un décor de ruptures. Un homme amoureux de sa femme se rend compte qu'elle a un amant et part pour une partie de chasse avec lui. Aura-t-il le courage ? Une femme qui a déjà bien vécu s'aperçoit qu'elle a des sentiments pour son gigolo ; une autre rentre de week-end à l'improviste et tombe sur les évidences d'une histoire entre son mari et quelqu'un d'autre... Chacun de ces instants de vie reflète une cruauté, une situation inhabituelle ou imprévue et les fins ne sont jamais ce qu'on imagine. La vivacité d'esprit et la légèreté de ton de l'auteur sont une excuse pour se surprendre à sourire impitoyablement face aux déboires des personnages.

Son cœur n'étant plus cet animal affamé, avide, épuisé, bringuebalant, sonnant la chamade et la panique et le bonheur entre deux draps trempés de sueur, son cœur n'étant plus rien d'autre qu'un moyen de renvoyer son sang, paisiblement, dans des artères également paisibles. Paisibles comme certaines avenues dans certaines villes, l'été. (....)

Y avait-il une maladie qui permît de mourir beau ? Il n’y en avait sans doute pas, et la seule beauté des hommes était peut-être dans cet élan vers leur vie à venir. (...)

Elle sortit un petit pistolet noir, tout à fait luisant et l’arma. Malheureusement, comme il était un peu dur, elle se cassa un ongle. Josepha von Kralenberg ne supportait pas le négligé en quelque domaine que ce fût. Elle se leva, ouvrit le petit sac qu’elle avait avec elle, elle sortit une lime à ongle et répara le dégât soigneusement. Après quoi, elle retourna jusqu’à son lit et reprit le revolver. Elle l’appuya sur sa tempe. Le détonation ne fit pas grand bruit. (...)

« Ce n’était pas un homme médiocre, mais il avait contracté à force de compagnie, une sorte de terreur de la solitude, une sorte d’habitude d’être avec quelqu’un et un besoin profond, violent et là, pratiquement viscéral de l’approbation des autres. (...)

Proposition C

A la manière de Sagan, maître dans l’art de décrire l’usure des sentiments, l’ennui et la doucereuse tristesse qui accompagnent la fin d’un amour, décrivez de manière poétique, sensuelle, surprenante, et pourquoi pas tendre une rupture.

Merci de m'adresser vos textes et vos images pour le vendredi 17 décembre par mail (en pièce jointe Word ou open office)