48B - Diana W. Votre présence m'accompagne

48 B

« Elle partit seule donc au volant de sa voiture, un matin de bonne heure, et roula lentement dans la campagne dénudée de l’hiver. Il faisait très froid et un soleil pâle, étincelant, luisait sur les champs rasés.

Elle avait baissé la capote de sa voiture, remonté le col du chandail qu’elle avait emprunté à Jacques et le froid lui durcissait le visage. La route était déserte … » C’est avec ce visage durci par le gel de la douleur de perdre la femme que vous aimiez et qui vous aimait, Paola, que je vous vis pour la première fois, la vie, ses circonstances et ses alliances avait fait que nous avions vous et moi toutes les raisons d’être en présence de cette assemblée courageuse essayant avec succès je l’avoue, de donner le change. Paola disparut laissant derrière elle le regret de sa jeunesse et beauté trop vite effacées, et vous , vous êtes restée à jamais dans mes pensées.

Je dévorais vos livres qui me parlaient déjà, j’avais à peine 15 ans, de cette vie mondaine que je hantais dans le sillage de ma mère, de cette élégance de la légèreté, de ce bruissement des bas de soie à chaque croisement de jambes, du bruit mat et doux des rangs de perles glissant et s’entrechoquant doucement sur fond de cachemire.

Votre phrase sur les cernes , stigmates du plaisir, résonna si longtemps dans mes rêves de futur … les stigmates du plaisir ! Aujourd’hui encore j’aime à rouler ces mots dans ma bouche comme alors … en y ajoutant maintenant les sensations, couleurs et saveurs que j’ai faites miennes.

Nous nous sommes croisées dans ce Paris du temps glorieux de l’insouciance et de l’absence de peur, Lipp, le Flore, les salons des Casinos fréquentés par ma famille qui s’y sentait à l’abri de la réalité, tapie à l’aube dans un parc ayant perdu ses lumières étincelantes et invitantes, vous en faisiez partie de cette famille, vous aussi, au son du cristal chantant la fraicheur des glaçons, vous plongiez profondément dans les vapeurs atténuant la douleur éventuelle guettant au coin de la vie, prête à nous surprendre, prête à nous détruire, du moins notre corps, vapeurs éthyliques, saveurs maléfiques, souvenirs magnifiques.

Vous me manquez.

Personne comme vous ne m’a accompagnée le long de mes errances, de mes nostalgies et de mes presque regrets.

Personne n’a comme vous, su écouter Brahms, écouter la Chamade des coeurs, souri à travers une table insipide et par ce sourire mettre un peu de soleil dans l’eau froide de la vie, parfois.

J’ai comme projet de partir avec vous en croisière, cheveux au vent comme dans un de vos livres, boire enfin ce whiskey que vous aimiez et que j’abhorre et regarder danser les nuages, ces merveilleux nuages, avec lesquels, j’en suis sûre vous faites la course !

Votre présence m’accompagne depuis tant d’années que dans mon coeur il reste un éclat de votre éternité.