49 - Dominique Olsen - Au quatrième top...


J’ai un ami. Fidèle. Il m’accompagne sous tous mes soleils. Dans l’ombre des orages aussi. Sa présence, impalpable, me convie à la réflexion ou à l’action selon les besoins de ma vie.

Progressivement, habité par une ténacité sereine, il m’a enseigné tour à tour la vigueur de la patience et les charmes imprudents de l’impétuosité. Sous sa houlette vigilante et silencieuse, j’ai appris la nécessité impérieuse d’accorder mes violons intérieurs aux exigences mouvantes des jours sans jamais ignorer son secours rigoureux.

Me glisser dans son regard transforma à jamais ma perception des êtres et des choses. Guetter le rayon vert en souriant à l’instant… accepter sans rechigner l’urgence d’un rendez-vous… oublier la nuit fouettée par un rythme endiablé… attendre ardemment, espérer… tant de virgules bigarrées qui scandent et soulignent mes joyeux élans ou mes douloureux abandons.

Soutenir mes hésitations, applaudir à mes conquêtes, exposer mes erreurs, récompenser mes combats, châtier mes impasses, rien ne lui échappe et rien n’est oublié. Il assiste à mes colères, impassible, à mes avancées, sans empressement.

Les théories dont on l’affuble ne le troublent pas.

D’une opiniâtreté sans faille, il veille. Sans violence. Sa force est paisible, endurante et infinie. Sa fidélité ne demande qu’égard en retour.

Sa subtile constance ouvrage nos jours. Passer, voler, manquer, s’entasser, éclairer, allonger, mentir, ralentir, embellir, rider, s’étirer, abîmer, encadrer, oublier, raccourcir, espérer… toutes les cordes de la vie vibrent sous son arc.

Au bras du temps, mon ami, je ne chemine jamais seule.

« Le temps ne pardonne pas ce que l’on fait sans lui »