49 - Françoise L - Au fil du temps


Au fil du temps :

De l’autre coté du miroir nous nous sommes rencontrées

Tu m’appelles Françoise, je te chuchote : Bonjour, Tristesse

En 1954 ta jeunesse est couronnée de gloire, moi je sors à peine du giron maternel.

Que connaissons-nous de l’autre ? Une mèche blonde, une frange brune, une envie de vivre, un nuage de mélancolie.

Françoise, à quoi passes-tu ton temps ?

De mots tu sculptes la chair, des corps j’apaise les maux.

Tu aimes jouer, j’aime m’amuser.

Tels des gémeaux, nous le laissons flotter entre deux eaux, sur notre âme il n’a pas d’emprise.

Enfant il file entre nos doigts, dans un soupir il suspend son vol, baille et s’étire en un long tricot d’ennui.

Les années passent, il s’effiloche comme la barbe à papa. Son bleu d’azur nappé de cumulus se déguste dans l’herbe fraîche.

Il virevolte d’un air mutin, butine d’une fleur à l’autre et l’instant d’après s’échappe tel un courant d’air. Nous essayons de le saisir, il est déjà loin, le coquin.

Qui est-il ?

Le temps de vivre, le temps d’aimer, de se perdre pour se retrouver.

Se laisser balloter parmi la foule pressée, errer à contretemps éblouie par les lumières de la ville.

Au petit matin savourer l’odeur du café. Au secret de la chambre, emmitouflé dans les draps du sommeil, se dessine le corps de l’aimé.

Tomber du ciel, se balader tête en l’air, courir sous la pluie après l’orage, chanter à tue-tête par la fenêtre.

Filer sur les routes, respirer les blés murs à vitres grandes ouvertes, rouler jusqu’à l’horizon. A l’aube découvrir la grande bleue et y tremper les pieds.

Enfiler les nuits blanches, danser enlacés serrés, tourbillonner à en perdre haleine, rire à gorge déployée,

Se percher, laisser le regard planer, caresser collines et vallons.

S’enfoncer dans les brumes de la nuit, les biches s’y faufilent, royal le cerf se devine.

Maintenant, écoute le clapotis du ressac, berce toi dans la marée, au soleil couchant. Ne manque pas le rayon vert.

Ne compte plus les heures, console l’enfant, baise les larmes du cauchemar. Il est temps de lire l’histoire.

Dans le parfum du soir pose toi sur le banc, hume l’air du temps.

N’oublie pas de sourire à la lune. Plonge la tête dans les étoiles.

Surtout, ne résiste pas au rêve.

Au creux de l’oreiller, dans une volute de fumée, tu murmures : laisse-moi, j’ai le temps. Tu supplies : S’il te plaît donne m’en encore un peu, j’ai tant à écrire.

Françoise L.