Françoise L - La gardienne

La gardienne.

Sa cabane est au fond des bois, nichée dans l’herbe fraîche, on y vient à pied.

Sa cabine est phare au bout de la mer, au rythme du vent. Au dessus des vagues et des terres lointaines, le soleil couchant.

Son refuge est lac tranquille, miroir immobile, temps suspendu. Jusqu’à l’horizon son regard se perd.

Sa baraque est de guingois, quatre planches, quelques clous. Telle quelle aux quatre vents, bancale elle lui plaît.

Sa tanière est faite de boue, de feuilles et de pierre, noyée dans la nature. Tel un nouveau-né elle se baigne dans la terre-mère.

Nulle crainte, voir sans être vue quel délice ! Elle est la dernière sentinelle.

Au creux du sombre et de la nuit c’est une masure, une bicoque de sorcière, son feu crépite dans la cheminée. Il n’y a pas plus beau royaume que le sien, peuplé de silences et de mots.

Au loin on entend le basson, la harpe cristalline lui répond, marche de la pluie, ruisseau limpide, les oiseaux chantent. Entre deux phrases la douceur des nuages, la brume l’enveloppe, dissimulant sa présence aux regards des hommes.

D’abri en abri elle a roulé sa bosse, elle n’a plus d’âge. Toute petite, masquée aux yeux des autres, elle jouait déjà à cache-cache. Au pays des contes elle prenait refuge. Devant les mots elle se dérobe, mais qui est-elle ?

Au fond de sa cabane, ses pensées chuchotent, s’entrechoquent. Ses douleurs se réveillent, sa plume écrit fébrile, trouver les mots pour le dire, prendre soin des hommes. De sa lucarne, lui parvient leur vacarme, les canons grondent. Un grand froid la saisit, elle devine au dessus d’un grand rocher la silhouette de ta faux.

Depuis quelques jours, tu rôdes entre les arbres, silencieusement tu tisses ta toile entre deux bosquets, au crépuscule tu t’approches. La veilleuse ne peut t’ignorer, ta manche effleure sa joue, elle te chasse d’un simple revers de main. D’une virevolte tu t’enfuis pour mieux revenir. Au delà des collines une fanfare retentit, accompagnant l’un d’entre eux vers sa dernière demeure.

Face à la destruction, la gardienne soupire : Où va le monde ? Est-il devenu fou ? Faut-il sauver les hommes ? Les soigner ? Auprès du feu la vestale veille, la dame en noir s’éloigne.

Dans la solitude de la nuit, la femme sage est au bout du monde, elle s’y plaît, le silence de la mer autour, là-haut les étoiles pétillent. La furie de la tempête est loin. La terre respire, les lucioles brillent.

Avis de grand calme sur le haut du perche.

Françoise L.