52 - Heureux

Le bonheur n’est-ce pas avant tout un regard que l’on porte sur ce que l’on a vécu ou sur ce que l’on est en train de vivre. C’est peut-être un état d’esprit… Et au fond qui a-t-il de plus subversif et de plus révolutionnaire que le bonheur ?

– L’euphorie jubilatoire dans la transgression avec ce texte de Mariette Navarro extrait de son premier roman « Ultramarins » Quidam editeur.

A bord d’un cargo de marchandises qui traverse l’Atlantique, l'équipage décide un jour, d’un commun accord, de s’offrir une baignade en pleine mer, brèche clandestine dans le cours des choses.

« Ils oublient les peurs et se sentent plein d’une fierté vite retrouvée, celle d’avoir été un instant libérés de tout, audacieux, forts, athlètes, heureux (…) Submergés par la joie, ils s’embrasseraient à pleine bouche s’ils étaient assez près les uns des autres pour le faire (…) Après tout ils se disent que ce sont ces hommes-là, l’équipage, la vingtaine, ces hommes et pas d’autres, qui sont leurs frères et leur miroir, ceux qui depuis quarante-cinq minutes maintenant, les connaissent plus intimement que personne, le ratio d’être humains dont ils ont besoin pour survivre. Le seul amour, c’est celui-ci dans l’instant magique, et si dans quelques heures il n’en reste plus rien, ils auront vécu entièrement l’euphorie de se rencontrer. »

Proposition A

Imaginez une situation ou comme dans le roman « ultramarins », un groupe d’amis ou de collègues se livrent à l’occasion d’une réunion, d’un week-end ou d’un voyage à une transgression qui leur offre de surprenants moments d’euphorie. Des années après ils ou elles n’ont pas oublié ces instants de bonheur et de liberté.

B – L’amour absolu

Le bonheur, Une nouvelle de Guy de Maupassant. Dans cette nouvelle (que vous pouvez lire intégralement dans en PDF sur internet ou que je peux vous envoyer...) L’auteur raconte l’histoire d’une jeune fille qui s’est enfuie pour vivre avec l’homme dont elle était amoureuse. Mais ce qui est intéressant c’est « la mise en scène du bonheur » avec la description du cadre de l’histoire : « Or, un soir, après dix heures de marche, j’atteignis une petite demeure toute seule au fond d’un étroit vallon qui allait se jeter à la mer une lieue plus loin. (…) Autour de la chaumière, quelques vignes, un petit jardin, et plus loin, quelques grands châtaigniers, de quoi vivre enfin, une fortune pour ce pays pauvre.

La femme qui me reçut était vieille, sévère et propre, par exception. L’homme, assis sur une chaise de paille, se leva pour me saluer, puis se rassit sans dire un mot.

(…)

– Oui, je me rappelle bien. Vous êtes mademoiselle Suzanne.

Elle fit « oui », de la tête. Des larmes tombaient de ses yeux. Alors, me montrant d’un regard le vieillard immobile sur le seuil de sa masure, elle me dit:

– C’est lui.

Et je compris qu’elle l’aimait toujours, qu’elle le voyait encore avec ses yeux séduits.

Je demandai:

– Avez-vous été heureuse, au moins?

Elle répondit, avec une voix qui venait du coeur:

– Oh! oui, très heureuse. Il m’a rendue très heureuse. Je n’ai jamais rien regretté. (…)

Elle n’avait eu jamais besoin que de lui; pourvu qu’il fût là, elle ne désirait rien.

Elle avait abandonné la vie, toute jeune, et le monde, et ceux qui l’avaient élevée, aimée. Elle était venue, seule avec lui, en ce sauvage ravin. Et il avait été tout pour elle, tout ce qu’on désire, tout ce qu’on rêve, tout ce qu’on attend sans cesse, tout ce qu’on espère sans fin. Il avait empli de bonheur son existence, d’un bout à l’autre.

Elle n’aurait pas pu être plus heureuse.

Proposition B

On ne s’enfuit plus par amour encore que… Je vous propose d’écrire sur cet amour absolu qui fait que l’on quitte tout pour lui : parents, époux, pays, enfants… Ça pourrait être un souvenir, un rêve, une rencontre à laquelle vous avez assisté, ou tout simplement une histoire que vous allez imaginer. L’important, le décor et votre place à vous, témoin ? ou acteur de cette rencontre ?

5 – Un bonheur paradoxal

La joie du risque, un bonheur particulier comme dans ce texte, impressionnant roman d’Antoine de Saint Exupéry, « Pilotes de guerre ».

Combat aérien

Il est inconcevable que nous soyons encore entiers et cependant je me découvre invulnérable. Je me sens comme vainqueur! Je suis, dans chaque seconde, vainqueur !

- Touché?

- Non…

Ils ne sont pas touchés. Ils sont invulnérables. Ils sont vainqueurs je suis propriétaire d'un équipage de vainqueurs. Désormais chaque explosion me paraît non nous menacér, mais nous durcir. Chaque fois durant 1/10 de 2nde j'imagine mon appareil pulvérisé mais il répond toujours aux commandes, virgule et je le relève, comme un cheval en tirant durement sur les rênes. Alors je me détends, et je suis envahi par une sourde jubilation. Je n'ai pas eu le temps d'éprouver la peur autrement que comme une contraction physique, celle que provoque un grand bruit que déjà il m'est accordé le soupir de la délivrance. Je devrais éprouver le saisissement du choc puis la peur, puis la détente. Pensez-vous ! Pas le temps ! J'éprouve le saisissement puis la détente saisissement- détente il manque une étape : la peur. Et je ne vis point dans l’attente de la mort pour la seconde qui suit, je vis dans la résurrection , au sortir de la seconde qui précède. Je vis dans une sorte de trainée de joie. Je vis dans le sillage de ma jubilation. Et je commence d’éprouver un plaisir prodigieusement inattendu… Comme si ma vie m’était, à chaque seconde, donnée. Comme si ma vie me devenait, à chaque seconde, plus sensible. Je vis. Je suis vivant. Je suis encore vivant. Je suis toujours vivant. Je ne suis plus qu’une source de vie. L’ivresse de la vie me gagne. On dit « l’ivresse du combat »… C’est l’ivresse de la vie ! Saint Exupéry -Pilote de guerre

Proposition C Le bonheur dans le paradoxe.

Je vous invite à décrire un bonheur étrange tel que celui du pilote de chasse dans le texte cité. Décrivez un lieu, une situation qui à priori n’a rien à voir avec le bonheur et où on ne s’attend pas à le trouver. Et pourtant il est là, vous l’avez ressenti, éprouvé et vous en avez encore le vertige. Bonheur du dépassement, de la conquête, de la réussite ? Il peut s’agir de la découverte d’une part de soi inconnue.


J'attends vos textes la semaine prochaine, par mail, idéalement avant le 25 avril. (En word, ou open office, en pièce jointe et vos photos en Jpeg.

A bientôt

Sybille