52A - Diana Wander - Le bonheur

Le Bonheur

Une succession d’échecs, quoique je n’aime pas, mais pas du tout ce mot comparatif, réducteur résonnant tel une sentence un jugement hâtif bâclé bref pauvre mot s’il en est ! Alors oui une succession de ces circonstances qui font de cette accumulation de jours et de semaines, une suite sans fin de possibilités et occasions perdues, de projets avortés de décisions à prendre et que l’on ne voudrait n’avoir pas à envisager.

Je me noyais dans cette spirale descendante qui me happait, me sentais inexistante, nulle perdue et sans espoir de boussole auquel m’accrocher.

Paris n’avait plus ce parfum de tilleul si caractéristique de ses printemps dont je savourais si souvent dans la nuit tiède l’arôme sensuel et la caresse odorante de ces soirées, je traversais la ville et ses places arborées ses lumières douces animées du zéphyr parisien typique et me sentais seule, seule avec une vie en moi qui poussait et dont je n’avais pas vraiment décidé de l’avenir commun que nous aurions cette vie et moi, si cela était que nous en aurions une.

Curieusement je n’arrivais pas au travers de la grisaille de mes pensées à ressentir du chagrin, aucune larmes aucun regret. Mon état gestatif me portait et le « mode robot « que j’avais branché à mes jours me faisait bouger, manger, savourer peut être même plus les occasions de vivre dans cette bulle de solitude dans laquelle j’appris à me complaire.

Le parfum du café matinal tiédissant mes mains, emplissant mes narines, le goût exquis de la baguette craquante et la caresse du beurre sur ma langue, la lumière rosée chassant l’incertitude de la palette matinale, le simple passage du temps entre les parenthèses de cet état de décision à prendre m’ont portée à travers la vie de ce moment là, de ces moments là.

Je me rendis compte que cela était la première fois où je prenais le temps de vivre les évènements de ma vie sans précipiter les décisions souvent hâtives, souvent bâclées souvent nocives;

Le bonheur depuis pour moi a l’arôme de l’expresso doux dont les volutes envahissaient mes narines, j’ai gardé les tasses un peu kitch qui me rappellent ces moments où la vie prend les décisions pour soi le son du pain frais craquant après des lustres me chuchote encore doucement « tu vois le bonheur ce n’est que d’habiter pleinement et totalement sans lutter sans se débattre sa vie et en accepter les détours et surprises.

Rien depuis ne m’a autant apaisée que le souvenir de ces matins devant la vue de l’esplanade des Invalides se réveillant, habitée par une oeuvre en gestion que je portais et dont ces moments de supposée incertitude au lieu de me faire couler m’ont portée telle une sirène fatiguée de nager et qui enfin se laisse porter en faisant la planche

Le Bonheur!