53 - Traces

Les traces

« Empreinte ou suite d'empreintes, de marques, que laisse le passage d'un être ou d'un objet » dixit le Robert. Ecrire c’est déjà une trace, l’empreinte d’un objet d’écriture, de la pression de la main sur le papier, la marque d’une pensée, ce qu’il en reste quand on la dépose en pianotant sur le clavier…

Alors, explorons nos traces, celles que nous laissons, celles que nous portons sur la peau mais aussi à l’intérieur dans ces tatouages de l’âme. Et puis parlons enfin de la trace, celle que l’on suit au fil des ans avec parfois quelques pas de côtés. Les traces laissent parfois des indices, elles sont témoignages, vestiges, stigmates, séquelles, conséquences. Jusqu’à ceux dont nous avons perdu la trace un jour… Pourquoi ?


A - Jeanne Benameur, « La patience des traces »


Psychanalyste, Simon a fait profession d'écouter les autres, au risque de faire taire sa propre histoire. À la faveur d'une brèche dans le quotidien - un bol cassé - vient le temps du rendez-vous avec lui-même. Quête initiatique qui contient aussi tout un roman d'apprentissage, c'est un livre de silence(s) et de rencontre(s).

« Il aime la trace de ce petit doigt sur la feuille de son carnet. Il ne l’effacera pas. Il l’entoure d’une ligne fine. (…)L’intrusion de cette petite empreinte dans son monde est un bon signe. C’est le jour de la raie Manta et de la trace d’une enfant sur la page. C’est le butin de la journée. (…) Cette nuit, ils se regardent longuement et Akiko dessine de son index le visage de son époux. Il aime qu'elle lui dessine ainsi un visage dans la nuit. Il dit tout bas qu'elle le garde d'oublier le visage de sa jeunesse même si aujourd'hui c'est un homme aux cheveux blancs. »

Proposition A

Tous les jours, nous laissons des traces, nous posons notre empreinte, en foulons d’autres le plus souvent sans le savoir mais à bien y réfléchir, ces traces ou plutôt le souvenir de ces traces sur nous, dans notre vie, nos paysages, ont une histoire. Je vous propose de les raconter, de refaire le chemin, de toucher « de mémoire » ce que nous avons aimé.

B – « Entre ciel et terre » de Jon Kalman Stéfansson, écrivain islandais.


Un roman hypnotique sur la pêche dans l’Atlantique nord il y a un siècle.

« Deux matelot s'étaient noyés, leurs corps n'avaient jamais été retrouvés et ils étaient allés rejoindre la foule des marins qui errent au fond de la mer, se plaignant entre eux de la lenteur du temps, attendant l'appel suprême que quelqu'un leur avait promis en des temps immémoriaux, attendant que Dieu les hisse vers la surface et les attrape dans son épuisette d’étoiles, qu’il les sèche de son souffle tiède et les laisse entrer à pied sec au royaume des cieux, là il n'y a jamais de poisson au repas que disent les noyés qui, toujours aussi optimistes, s'occupent en regardant la quille des bateaux, s'étonnent du nouveau matériel de pêche, maudissent les saloperies que l'homme laisse dans son sillage, mais parfois aussi, pleurent à cause de la vie qui leur manque, pleurent comme pleurent les noyés et voilà pourquoi la mer est salée. »

Proposition B

Pour une fois, je vous propose de garder le style de cet extrait en choisissant délibérément de belles et longues phrases pour décrire les traces, empreintes et autres images, que vous laissent au matin, vos lectures, vos rencontres ou vos rêves les plus fous.

C - Grégoire Delacourt « L’enfant réparé »

« Je regarde ce corps qu’elle a touché il y a bientôt quarante ans et qui est le mien. Ce corps alors vif qu’elle a incendié. Je pense à tout ce qu’elle lui a fait et que j’ignorais qu’on puisse lui faire. Il n’en a gardé aucune trace visible. Aucune empreinte. Juste un frisson, ailleurs ; dans la tête. Le coton des souvenirs. La chair meurt quand on ne la touche pas. Elle n’est qu’une barbaque lorsqu’elle ne jouit pas.(…) J’ai parlé de ce que la souffrance demeure toujours. Elle est un tatouage. Elle est une moucheture. On rêve qu’ils s’estompent un jour. Mais cela n’arrive pas.»

Proposition C

Bien sûr personne ne le voit, pourtant on le sait. Ça se sent dès qu’on l’entend parler, quand on le regarde marcher et qu’il ne le sait pas. Votre personnage, imaginaire, réel (ça peut être vous-même traité à la 2ème ou 3ème personne) porte la trace d’un combat, d’une enfance ou bien encore d’une pratique, d’un art (la danse, l’écriture…) qui se révèle à son insu. Je vous propose de le ou la faire apparaître à travers vos mots, de nous révéler son histoire en décrivant sa gestuelle, son attitude, le son de sa voix, ses couleurs, ses lenteurs ou au contraire les craquement et le feu qui l’embrase.

J’attends vos textes (en pièce jointe word ou open office) avec une image (jpeg) pour le lundi 23 mai au plus tard.

Pour ceux et celles qui n’auraient pas réglé le précédent atelier (16 €avril) vous régler er les deux en même temps (32 €) par Carte bleue avec le lien ci dessous (rectangle noir - site sécurisé)

Je me réjouis de vous lire. Sybille