Pierrette C - Une vie toute tracée

Installée dans son fauteuil, à l'ombre d' un arbre centenaire comme elle, dans le grand parc de l'Epad, elle pense ...elle pense à «Omar m'a tuer»...

Une femme a donc trempé son doigt dans son propre sang, juste avant de mourir, pour écrire le nom de son assassin,... c'est peu probable.

Elle relit toute cette affaire dans Wikipédia, une enquête baclée, une histoire à dormir debout, un enchevètrement de preuves dont aucune vérité ne peut sortir.

Jeune fille, elle connaissait le prix des traces rouges, depuis l'année de ses douze ans, sa lingerie se colorait ainsi régulièrement, preuve éclatante d'une faute imprécise. Elle était devenue femme lui avait dit sa mère. Le jour où elle fut faite «femme de» on jeta le grand drap blanc à la fenêtre. Il pavoisait, très haut comme un oriflame. Victoire! On y voyait les marques écarlates du sang. La jeune épousée était donc vierge. Les matronnes pouvaient se retirer.

Peu de temps après les traces disparurent et elle devint mère. Dans un va et vient régulier et ininterrompu, au fil des ans, les traces appaurent, puis disparurent de nouveau. Elle eut six enfants. Une progéniture volatile qui s'envola dans les années, laissant des traits blancs-nacrés autour de ses hanches. Les empreintes rouges sur le linge blanc pâlirent, s'espacèrent et finirent par s'absenter. Le sang ne viendrait plus, comme si le temps avait effacé les traces d'un crime.

Elle pense que tremper son doigt dans son sang n'est plus possible, sinon elle écrirait, elle écrirait...mais l'enquête serait baclée, et... l'assassin court toujours.

Pierrette C