18B - Véronique M - Aymé

Blandine habite à la Courneuve et travaille comme sage-femme à l’hôpital Ballenger. Elle aime son métier, voir les pères et les mères penchés sur le berceau et pouponner leur nouveau né l’émeut toujours autant. Très engagée dans l’humanitaire, elle milite pour les droits de l’homme. Caractère droit et honnête, elle met un point d’honneur à adopter une ligne de conduite éthique et responsable. Elle vit seule avec sa mère et la fait vivre autant matériellement que psychiquement. Femme dépressive et apathique, celle-ci a toujours refusé de lui donner des informations sur son père et cela la laisse dans un vide existentiel. L’envie grandit de connaître ses origines. Un jour, elle commande sur internet un test ADN, sans conviction, mais avec un secret espoir. Peu de temps après, elle reçoit un courriel d’un certain Aymé qui lui dit avoir regardé sur le site des tests génétiques. Les résultats sont sans appel, le lien de parenté indique une filiation directe. Il souhaite la rencontrer mais elle oscille entre angoisse et excitation.

Il lui faut plusieurs jours avant de répondre positivement à sa demande. C’est lui qui fixe le rendez-vous au bar du Royal Monceau à Paris pour le Samedi suivant à 13h. Elle n’a jamais fréquenté ce genre d’endroit et ce palace 5 étoiles lui fait peur ; Elle opte pour une jupe droite classique et un chemisier blanc. Ses talons hauts lui font mal, cela la change de ses ballerines toute simples qu’elle a l’habitude de porter. Elle prend les transports en commun et arrive en avance. Le Royal Monceau lui semble bien au-dessus de sa condition ; elle vérifie sa tenue, son maquillage et attend fébrilement 13h 05 pour entrer dans le palace. Au bar, il n’y a qu’un homme buvant un whisky, ce doit être lui ! Elle s’approche vers le bar et s’adresse à lui:

-Excusez-moi, monsieur, êtes-vous Aymé ?

L’homme sourit en hochant la tête et Blandine découvre ce personnage extrêmement chic qui lui demande ce qu’elle veut boire :

-Un diabolo-fraise avec des glaçons, s’il vous plait.

Sa voix est réservée, un peu sur la défensive, mais Aymé fait ce qu’il peut pour la détendre. Il a le visage un peu buriné, il est assez mince pour son âge ; elle sent qu’il a un caractère autoritaire et quand il la prend par le bras, elle se retrouve sans savoir comment, à traverser le grand hall et se laisse diriger vers le restaurant.

Après avoir commandé une bouteille de Dom Pérignon, Aymé lui révèle son nom ; choquée, elle se rend compte que c’est un patron de la pègre et qu’il est recherché par la police avec, pour enrichir son palmarès, 3 meurtres à la clef ! Elle essaie de cacher sa peur et son dégôut devant ce qu’elle considère comme une antithèse de tout ce à quoi elle est attachée : probité, honnêteté, respect de la loi, empathie avec les autres....Et ce géniteur est mon père ! Mais comment ma mère a-t-elle pu fréquenté une ordure pareille ?

-C’est mon sang qui coule dans tes veines, tu es ma seule héritière connue. Si je t’ai contacté, c’est parce-que j’ai un cancer du pancréas et que les médecins me donnent entre 3 et 6 mois de sursis, c’est un des cancers qu’on ne peut pas traiter. Je suis riche, très riche, mais je ne peux te transmettre légalement toute ma fortune. Alors, j’ai mis au point une façon de faire dont nous allons parler. Troublée au-delà du raisonnable, elle s’excuse pour aller aux toilettes.

Elle est chamboulée et à la fois écoeurée par la vision de ce père à laquelle elle ne s’attendait pas. Elle cherche une issue pour fuir, mais finalement, elle se ravise sans comprendre pourquoi et revient s’asseoir en face d’Aymé.

-Je te donne rendez-vous samedi prochain à l’hôtel Ayatt à Roissy car mon vol est prévu ce jour-là. Tu te doutes que les flics me recherchent ; une semaine, c’est le temps qu’il me faut pour réunir l’argent. Bien sûr, il ne faut surtout pas le remettre à la banque, mais ça, tu l’aurais trouvé toute seule ! Le repas terminé,il la serre dans ses bras pour lui dire au revoir, elle se sent salie par ces mains sur son corps.

Les nuits suivantes sont éprouvantes, quand elle arrive à dormir, elle fait des cauchemars, sinon, elle fume cigarette sur cigarette en faisant les cent pas. Elle parle toute seule et se dit qu’elle n’ira jamais à Roissy pour prendre cet argent sale, ce père lui fait horreur et à la fois, l’attire.

Impossible d’aligner une pensée cohérente et son monde si propre, si bien pensant s’éffondre sous ses yeux ! Elle rêve qu’elle est avec Aymé, la police les poursuit, un coup de feu retentit ; elle se réveille, c’est un pétard que des enfants ont allumés. Une pensée la traverse, appeller la police pour que cesse à la fois son horreur et son attirance. Elle passe ses journées au travail comme un zombie, parasitée en permanence par des pensées contradictoires. La semaine s’écoule péniblement et arrive le samedi du rendez-vous.

-Je n’irai pas, c’est sûr, c’est trop loin de mes ideaux, comment pourrai-je me regarder dans une glace après m’être compromise avec ce genre de personnage.

Puis, poussée par une force d’attraction qui la déborde, Blandine prend sa voiture le samedi pour rejoindre l’hôtel Ayatt.

Véronique M