Bénédicte de V. Inventaire de ma table de travail

Inventaire de ma table de travail

Ma table de travail ? C’est plus précisément ce que j’appellerai un bureau. La structure en est basique : une planche en bois longue d’un mètre quatre-vingt, large de quatre-vingt centimètres, dont la fibre allongée est teintée en noir. Le piétement à trois pans de bois teinté du même noir, est composé de barreaux verticaux à claire voie, - un peu comme un parc à bébé.

Actuellement ce vieil ami est royalement installé dans une pièce accueillante, très claire, disposant d’une fenêtre à l’Est et d’une autre à l’Ouest, juste à ma gauche. C’est exactement ce que j’aime. En fin d’après-midi certains préfèrent pousser un volet pour éviter d’être ébloui par le soleil.

Devant le meuble, un fauteuil pivotant en bois clair et métal, réglable en hauteur. Portable, mais toujours installé au même endroit, l’ordinateur est posé sur un sous-main en cuir fauve qui déborde suffisamment pour que la souris fasse ses allers et venues sur le très léger relief du cuir dont la matière retient avec précision la course. J’ai horreur des tapis spécifiques « pour souris ». A gauche, l’imprimante laisse devant elle un espace suffisant pour les divers papiers à consulter lors d’un travail. Cette belle bête se nourrit de beaucoup d’encre, et de papier. Sur la droite, des feuilles de brouillon réunies par une grande pince du type de celles utilisées par les peintres sur leur chevalet.

Derrière l’ordinateur, dans les quelque quarante centimètres de profondeur laissés disponibles, la lampe Tizio, noire elle aussi, déplie à volonté ses longs bras aériens – certains diraient squelettiques - et dispense la vigueur halogène de sa minuscule ampoule, à l’endroit exact choisi par l’utilisateur, grâce à un contrepoids astucieux. Le socle pivotant lui donne une ampleur de mouvement telle qu’elle domine tout le meuble, en largeur et en longueur.

A ses pieds, les trombones, épingles et attaches diverses, ne quittent qu’à regret semble-t-il la petite pyramide aimantée qui les rassemble : ils résistent légèrement quand on veut se saisir de l’un d’eux. Juste à côté, le gros taille-crayons de table, fidèle au poste, cherche désespérément ses pensionnaires échappés : pourtant ils devraient rester là, plantés à la verticale, prêts à être utilisés. Stylos-billes, marqueurs, cartes de visites inclassables trouvent leur place dans un objet en argent très singulier que j’ai toujours connu. Il s’agit probablement d’un ancien pot à moutarde dont l’intérieur cylindrique en verre bleu n’existe plus depuis belle lurette. C’est une petite sphère au décor torse reposant sur trois billes en argent. Depuis plusieurs mois un bouchon de carafe en cristal, orphelin, y a élu domicile. Une perforeuse et une agrafeuse terminent le panorama des éléments de base de ce bureau.

Enfin, au bout sur la droite, les dossiers en cours, les livres à consulter, ce qui doit partir, être posté, ce qui bouge, ce qui en principe ne devrait pas s’éterniser à cet endroit. Une chaise est placée là. On s’y installe avec bonheur pour travailler à deux ou trois, pour échanger, corriger, faire des plans, des projets…

Pourtant cette chaise ne doit pas oublier d’assumer la fonction « anti-procrastination » qui lui revient également : réussira-t-elle à me convaincre de classer enfin la pile d’une vingtaine de centimètres d’épaisseur de papiers divers, endormis dans une confortable corbeille placée sur l’étagère voisine ?

Fredaine ☐ fredainefredaine@gmail.com