Corinne LN - La table de travail

Sagement assise devant la petite table de jeu qui me sert de bureau, le nez levé comme toujours, j’attends les vaches. Derrière la vitre un décor printanier, herbe fraîche, ciel bleu et jonquilles en fleur, tout est prêt pour les accueillir. Par la fenêtre ensoleillée, je les verrai bientôt brouter tranquilles, mes blanches charolaises tandis que les veaux gambaderont ou téteront goulûment sous l’œil morne et détaché de l’imposant taureau.

Sur mon bureau, quelques lettres et papiers urgents attendront longtemps derrière un ribosome. La lampe du soir inutile vit espoir en tordant son cou de girafe et mon vieil ordinateur portable grésille d’impatience. Sur le bord de la fenêtre ensoleillée, le dictionnaire s’ennuie et la danseuse en terre cuite se voile les yeux devant mon inconstance. Non, je ne vous dirai rien du contenu de mes précieux petits tiroirs.

Pour le moment, je cherche l’inspiration dans le calme de cette nature paisible seulement troublé par le vol affairé des oiseaux du ciel. La campagne immobile semble au diapason du grand confinement et pourtant si loin de cette pandémie mondiale, impalpable, invraisemblable.

Ces quelques mots tombent sur mon clavier et j’essaye de les rattraper, n’importe quoi pour oublier un peu cette réalité irréelle. Simplement penser aux autres et attendre le prochain vent de notre précieuse liberté. Je suis vraiment heureuse de vous retrouver.

Corinne LN