Dominique S. La table de travail

La table de travail

La table de travail, c’était souvent la table de la cuisine où maman épluchait les légumes sur un journal.

J’avais ma chambre, un bureau et rien n’y faisait, je revenais toujours à la cuisine et ses effluves, cette femme qui s’affairait en silence et moi qui la regardait, livres, cahiers et crayons prenant la moitié de la place.

J’aime aussi les tables de bistrot pour écrire. J’ai besoin d’un peu de vie autour de moi. Pas trop. Un ou deux clients pas plus, ou même personne d’autre que la serveuse derrière le comptoir, qui essuie les verres, qui regarde au loin.

Gare du Nord : j’ai choisi une table près de la vitrine, je vois passer les gens qui vont prendre leur train. Ils marchent en regardant devant eux, absents.

Le travail a-t-il besoin d’une table ? La table a-t-elle besoin d’un travail ?

La table de travail, c’est un plan simple, peut être un tiroir.

Encombrée, elle offre ses richesses jusqu’à l’étouffement.

Vide, mon esprit s’apaise.

Donc avant tout, je dois ranger cette table de travail.

Je préfère la table de travail au bureau avec tous ses tiroirs, ses papiers, ses crayons et son sérieux.

Qu’il est triste ce bureau, qu’il est dur. Placé contre le mur, il n’a besoin de rien, même pas de moi. Le regard se cogne, le travail devient un devoir.

Distraction interdite.

Dominique S.

marieke@lilo.org