Jean-Pierre G. - Enfin il se mit à table

Enfin il se mit à table !….......

« Voici bientôt trois jours que tu t'es engagé à rédiger ce papier et te voilà tournicotant ,une urgence poussant l'autre ,bref tu ne sembles pas très motivé:du linge sec à rentrer et repasser (non je plaisante ,le repassage..! »

En passant, un coup d’œil aux oiselles , les quatre cailles pondeuses blotties sous leur infra-rouge et hop un petit détour au jardin.Les matins sont frais mais c'est grand temps de planter les échalotes, demain promis ! Oh ! Et cette planche d'asperges envahie de rumex et pissenlits, il y a urgence. C'est le dernier carat pour tenir l'engagement, le thème ...au fait c'est quoi le thème?La nature, le jardin au printemps ?

Non:La table de travail …Passe encore la table mais le travail, toi qui prétends n'avoir jamais travaillé mais fait selon tes envies, tes motivations : un comble !

Ben vont pas être déçues les dames ; c'est pas un secrétaire en ronce de noyer des îles estampillé Camif 1968 pour sûr ! Simple, stable, voire banale, fruit du labeur de l'artisan local,un Italien ,père d'un ami d'enfance.Lors du vide-maison consécutif à la mort de son père, Aldo me l'a offerte avec ses chaises assorties. Ce meuble me suit depuis près de cinquante ans dans une muette complicité.

Recouverte d'un tapis façon cachemire acquis pour quelques sous dans un vide grenier, elle est là, surmontée d'une grande aquarelle représentant une maison vendéenne aux murs clairs écaillés par les ans .Le chandelier de laiton va retrouver sa place sur l'appui de la cheminée, les chandelles ont généreusement dégouliné l'autre soir quand j'ai voulu créer l'ambiance « soirée intime » et offrir le champagne à ma chérie, frustrée par «une aussi longue absence »

– Tu parles trois jours dans un bled paumé au milieu de nulle part, pas de quoi cauchemarder !... »

Évoquer cet objet suranné me ramène inévitablement à Elton John entonnant « Candel in the Wind » lors des obsèques de la princesse Diana. Emu et sobre dans sa redingote ajustée, j'ai cette image récurrente, ses mains sur le clavier du piano en accords mineurs ...Séquence émotion puis mon regard se pose sur une bouteille -vide- de Duvel posée sur l'agenda ouvert à la page 6 /7/8 Mars : stage Perche:npo* adresses, téléphones ,tablette et chargeur.

Sur le côté une boîte en métal imitation marbre vert décorée de roses centifolia british typique mais en la retournant l'étiquette jaunie indique :« Mega,made in Italy » c'est le pot aux crayons, feutres, ,trombones et clefs usb parfois discrètement exploré par un enfant en quête d'une pièce de monnaie …Sous un carnet à croquis un crayon vert 3B et un chéquier vidé de ses pages;j'éteins la radio qui prescrit en boucle mais que je n'entends plus ,que je ne veux plus entendre.... Deux livres égarés:Giono « L'homme qui plantait des arbres » en folio cadet offert à mon petit fils qui,sans doute l'a feuilleté,lu j'espère et oublié sans doute mais, ô satisfaction, entame une formation alternée de paysagiste...What else ? Ma tasse d'hier aux relents douceâtres de café. Autre livre « Le parc des archers » du poète André Hardellet, recueil de nouvelles acquis lors d'une soirée « Rencontres pour Lire » création géniale d'un ami, François de Cornière .

Durant une vingtaine d'années, autour de l'œuvre d'un auteur contemporain se retrouvaient les passionnés découvrant des textes choisis lus par des comédiens; les respirations musicales et le décor chaleureux donnaient à ces rencontres une saveur inoubliable. Cette belle aventure cessa et l'on vit ses aficionados frustrés lorsque la ville réduisit le budget culturel.Dans le grand théâtre à l'italienne, on donnait toujours l'Auberge du cheval blanc ou Manon devant un parterre de troisième âge endimanchés.

Je sais, j'en suis un aujourd'hui, je sais !...

Plantés faute de vase dans une bouteille fantaisie, cinq jonquilles fripées se morfondent;mon texte terminé, je filerai au jardin en cueillir de plus fraîches,fort d'un principe auquel je me tiens : du printemps aux derniers chrysanthèmes ,des fleurs dans cette maison. Toujours !

Sans principe, c'est l'anarchie et comme le chante Souchon le sage, « On sait comment ça finit ,hélas !... »

Npo * Ne Pas Oublier.......

Jean Pierre JPglorieux@gmail.com