04 - Diana - Intemporelle

La chaleur, l’humidité, la touffeur de cette grisaille collant à la peau, les miasmes s’accrochant inexorablement à nos gestes, inévitable et in - secouable mal être. L’été malsain et assassin s’était abattu sur la Lagune nous rendant à jamais prisonniers de ces relents nauséabonds martyrisant nos corps déjà affaiblis et spasmés. La fièvre frappe à nouveau et encore et toujours, jamais nous n’y échapperons. Ce qui devait être séjour de légèreté et de plaisir se transforme en piège monstrueux.Je l’ai vu arriver cette femme, cette apparition floue et ondoyante, semblant flotter en se déplaçant à quelques centimètres du sol. Quand est-elle arrivée ? Qui pourrait s’en souvenir. Mais depuis que sa silhouette longiligne a pris possession de notre espace de survie, elle prit aussi possession de nos esprits. Délires, fièvres et paroxysmes de douleurs, de ces douleurs dont on ne sait si elles existent dans un monde de réalité, douleurs inimaginables dans une zone paranormale une zone de marécages puants de folie rampante d’épidémie de choléra.

Son regard vert de gris se pose sur nous avec une douceur de caresse, elle est là lors de nos soifs inextinguibles qu’elle ne soulage pas, mais qu’elle accompagne. Elle est présente lorsque l’angoisse déchire notre poitrine et qu’alors elle pose la main sur notre front et laisse flotter sur ses lèvres pulpeuses ce demi sourire dont elle fait don à certains d’entre nous, ses préférés, ses élus.

Que faut-il faire pour l’attirer, pour qu’elle daigne venir à notre chevet ou bien s’asseoir à côté de nous lors d’une sieste interminable comme elle le fit avec ce touriste allemand, qui semblait souffrir si fort et qui grâce à sa présence retrouva un sourire céleste apaisé et serein, cet homme en proie à mille tortures mentales dont on pouvait deviner les raisons amoureuses, semblant en lutte contre mille obscurs désirs sombres et qui après une longue entrevue avec la Belle aux yeux vert de gris couleur de lagune couleur d’huitre couleur de pourriture d’algue couleur d’entre deux couleurs

garda aux lèvres un sourire s’attardant encore sur sa bouche malgré le soleil impitoyable perçant sous le tampon de nuages opaques, tant qu’elle était près de lui il ne sentait ni la sueur coulant en rigoles salées sur ses paupières et pénétrant dans ses yeux et dans sa bouche. Son sourire ne le quitta pas non plus lorsque les préposés à la surveillance de la plage lui fermèrent ses yeux pitoyablement maquillés pour tenir à distance le Guide du Grand Voyage.

Le Grand Voyage déjà entrepris par quelques autres touristes étrangers piégés par cette tragique vague dévastatrice lagunaire, terrifiante, cauchemardesque qui pour nous emporter au large s’était faite femme, belle, mystérieuse, brune ou rousse ou blonde qu’importe.

Nous la suivons comme les rats suivent le joueur de flûte enchanté, en dansant en riant en hurlant en sanglotant, chacun selon son code personnel du jour dernier de ce côté de la lumière ou bien jour premier de la traversée de la Lagune nauséabonde dans ce rayon gris collant à notre chair en putréfaction, au son d’une musique céleste ou infernale au son probablement de notre conversation avec nous même, raisonnant dans notre crâne endolori, fil conducteur de notre défaillante vie.

Elle s’éloigne à présent emportant avec elle toute forme autre que la sienne, ondulante, gracieuse fugace et mensongère, nos laissant allégés et esseulés sur la grève des morts vivants, simples formes rapidement balayées par la marée, les charrettes débordantes de corps sans vie, des corps étendus regardant éperdument le ciel toujours aussi gris, toujours aussi lourd et touchant à présent le sable en une union grimaçante et impitoyable.

Diana W.