04 A et B - Jean-Pierre G - Mon cher Alexandre

La Bourdonnière 23h, samedi 12 juillet 2021

Mon cher Alexandre,

C'est depuis la chambre d'un antique château normand du XV ème que je t'écris ; la fenêtre ouvre sur un bois de vieux chênes et tilleuls, au loin, les ultimes éclairs d'un orage salutaire. L'eau du ciel va rendre vie à une terre desséchée, quitte à retarder les moissons. Il a fait si chaud ces derniers jours que le cours des choses ne reprenait qu'à la nuit tombée.

Hier encore, à cette heure avancée, nous étions affairés à compter les points, le nez sur le cochonnet sous la lumière des lampadaires de la terrasse.

Toujours aussi nul à la pétanque, je cédai ma place, déclinant la revanche ; je tendis mes boules à Angélique qui promit de « leur mettre au moins cinq points dans la vue »….......

Peut-être ai-je eu tort, mais les cris de joie de cette splendide créature m'ont réconforté aussi me penchai-je à la fenêtre pour la féliciter.

- Bonne nuit, monsieur Antoine ! ... Et faites attention aux moustiques normands ! s'exclama la belle métisse.

Refermant la fenêtre à crémone je me surpris à fredonner Mélissa, une vieille rengaine d'un crooner français que tu ne dois pas connaître.

Si j'évoque Angélique, débarquée en milieu de matinée dans le sillage de HBL, la mèche en bataille, vêtu non pas de sa légendaire chemise blanche mais d'un polo Ralph Lauren du plus raffiné rose Barbie c'est que rapidement elle a focalisé les regards des jeunes et moins jeunes surtout.

Murmures dans l’assistance, deux auditeurs au premier rang cèdent leur fauteuil ; l'orateur s’interrompt et souriant, déclare : « Mesdames, Messieurs, saluons l'entrée de Monsieur Henry Brice Lery de l'Académie des Belles Lettres, accompagné de Mademoiselle Angélique Dialo sa collaboratrice ».

De timides applaudissements partent du fond de la salle, HBL remercie, salue et se confond en excuses : une banale erreur de correspondance, coutumière de notre service public, il se tourne vers Jean Pierre Le Guirriec, le priant de poursuivre son exposé. La Belle, dépassant d'une tête l'académicien se fend d'un sourire « Pretty Woman » et le couple s'installe.

- Je disais donc que fort de l'expérience des Ecrivains Voyageurs depuis plus d'une trentaine d’années.........

- Trente et une cette année, lance une dame blonde à lunettes, levant son carnet de notes !...et j'étais à la

première !

- Eh oui Cybèle, voilà qui ne nous rajeunit pas !

Rires discrets dans l'assistance...

- Donc fort de cette expérience disais-je, nous pouvons affirmer que cette rencontre est devenue

incontournable. Saint-Malo, cité balnéaire des plus prisées (je me refuse ici à évoquer Deauville qui fait son

cinéma américain), Saint-Malo voit converger chaque saison le monde de l'édition francophone et

internationale....

J'en profite pour m’éclipser par la porte du fond. La pause est dans 20 minutes, je mets l'eau à chauffer, emplis les sucriers, vérifie la propreté des tasses et couverts et les dispose sur quelques plateaux.

Comme tu le sais mon cher neveu, je participe à ce colloque en coulisses, ce qui me réduit de moitié les frais d'inscription, c'est le « côté social » de la châtelaine, Madame Chasset de Brisa,c héritière d'une lignée familiale datant de la Renaissance. Hélène de Brisac n'ayant pas d'enfant - et dûment conseillée par André son adjoint dévoué - a mis en place une fondation qui hérite du château, de la ferme et des bois attenants ainsi que des dettes y afférentes.

Je tombe de sommeil, tu liras la suite à ma prochaine édition. Dilemme : faut-il ou pas refermer la fenêtre ? Je guette l'apparition d'un éventuel moustique et éteins. Pas envie de lire. Le feuillage s'égoutte lourdement, les roulements de l'orage résonnent sur la côte vers Saint-Pair.

Dimanche soir, 13 juillet 2021 Château de la Bourdonnière

Cher neveu,

Ce courrier ne partira que mardi, au mieux, car demain, c'est 14 Juillet férié, sauf ici, je doute que l'on marque cette date, signe patent de la faillite de l'aristocratie. Peut-être notre académicien se fendra-t-il d'une adresse au Peuple, lui qui n'a jamais érigé la lutte des classes en progrès de la civilisation occidentale et encore moins eu de compassion sur le sort des Gazaouis.

Enfin, nous verrons bien ; cette journée dominicale a marqué le tournant de ce colloque dont j'ai omis de t'exposer le thème. « Ecrire, pour voyager ? »

J'aime le point d'interrogation alors que les compagnies aériennes ne valent plus un kopeck et que les écolos au pouvoir font passer leur loi sur les restrictions de déplacement : trois mille km par an et par adulte.

Seules les Compagnies du Golfe vont en tirer profit, leurs stocks de pétrole autorisant des vols sous le prix coûtant.

Entre nous, ton grand projet de voyage en Nouvelle-Zélande semble compromis....

Et ce projet d'accord commercial entre les Émirats et Israël ne fait pas l'affaire des Européens puisque les avions au sol vont se voir transformés en résidences pour les migrants climatiques.

Personne n'avait osé y penser au parlement européen et ce sont les Anglais qui ont pris la main, coiffant Airbus au poteau.

Bon, je n'insiste pas avec mes grincements de vieil anarchiste (à ma mort tu auras ta part de vieux trésors musicaux entre Léo Ferré, Brassens et Brel ) puisque l'on n'a plus accès à la musique « Online » de tes tendres années .

Journée pivot donc, notre hôtesse Hélène de Chassey Brisac nous a exposé la situation financière de sa Fondation pour la Recherche et l'Intervention Culturelle, acronyme la FRIC.

Suite à la crise de l'an passé qui vit s'effondrer les institutions de ce secteur (ainsi que la presse spécialisée et les agences de voyage) il a fallu je cite « mes très chers amis, je me dois d'être franche, voire directe : il nous faut impérativement, je souligne, serrer les boulons, à tous les niveaux. Notre survie est à ce prix, nous sommes à la croisée des chemins ... Ensuite, André mon adjoint fidèle vous détaillera le rapport moral.

Accoudée au piano demi-queue (un Gaveau 1920, s'il vous plait !) Hélène abrège son intervention car on la réclame en urgence au bureau : stratagème connu lui permettant d'éviter le jeu pervers des questions peau de banane.

André se lève, prend place à l'estrade et entrouvrant un classeur patiné déroule sa prose insipide (recopiée d'une année l'autre comme tant de rapports dits moraux).

En fait, l'escapade de notre châtelaine n'était point fictive, un appel de Paris priait HBL de regagner en toute urgence la maison mère, Gallet et Moore dans le très chic 7ème arrondissement où il dirige la collection « Prospectives ».

Enfin nota André constatons qu'une bonne nouvelle peut en cacher une désagréable,

Je vous annonce que le téléphone fonctionne de nouveau : pensez à vous inscrire pour accéder et soyez aimables : ne mobilisez pas le réseau pour des futilités.

L'après-midi : relâche.

Certains prévoyants ayant pris leur équipement rando, on vit à la grille d'honneur une cohorte colorée se hâter vers la forêt proche.

D'autres déplacèrent les tables pour s'y adonner à une partie de bridge.

Le bruit d'un diesel se fit entendre et le taxi embarqua notre académicien qui sur le perron gratifia Hélène d'un magistral baise-main, digne du regretté président Chirac accueilli par Elizabeth II à Buckingham Palace.

Je remontai à ma chambrette pour y quérir timbres et enveloppes.

Intrigué par une sensation étrange, je demeurai un instant immobile sur le seuil : quelqu'un avait pénétré dans ce lieu.

Ce n'était à l'évidence pas un homme ….

sur le guéridon un papier plié :

« A la recherche des boules de pétanque je suis entrée. Rien trouvé !

Elles doivent avoir été récupérées par André.

Désolé d'avoir violé votre intimité je vous prie de m'excuser. Angélique »

Ton vieil oncle qui t'embrasse

Antoine REBOURS

Lundi 14 juillet 2021 6 h du matin

Cher Alexandre

Enfin le téléphone refonctionne, tu peux appeler ou plutôt laisser un message au secrétariat, mais pas avant mardi matin.

Une nuit mouvementée pas seulement à cause de quelques irréductibles moustiques.

Une journée magnifique s'annonce, le vallon est tout embrumé. Sur la barrière vers l'étang

j'aperçois une huppe et dans les arbres un concert d’oiseaux au-dessus du pigeonnier transformé en bibliothèque (ça te plairait, des rayonnages en chêne clair, un éclairage par de superbes vitraux, tables de lecture rustiques et quelques ordinateurs dont on peut consulter la mémoire puisque internet a vécu.

8 h la cloche du petit déjeuner nous appelle.

Tu ne me demandes pas de nouvelles d'Angélique ?

Tranquille elle s'avance dans l'allée gravillonnée, pieds nus, vêtue d'une ample robe africaine aux motifs Wax en camaïeu bleu, pendants d'oreilles assortis et vernis à ongles turquoise pailleté Elle semble sortir de ces anciennes publicités où l'on voyait une naïade sous-alimentée émerger et chalouper à demi nue dans des palaces glacés.

Elle revient plateau en main, cherche une place du regard et vient s'asseoir à ma table, me gratifiant de son sourire des matins calmes.

– Alors Antoine, vous avez passé une bonne nuit

– J'ai dormi comme un nouveau-né …......au fait où donc étaient passées ces boules de pétanque que vous supposiez dans ma chambre ?

– Ô excusez-moi encore, je pensais que c'étaient les vôtres et renseignements pris quelqu'un les avait déposées dans le bureau de Madame Hélène…

Assise face à moi elle se penche et offre au shih tzu du château un morceau de brioche En se penchant vers le chien je constate qu’elle ne porte que sa robe largement échancrée laissant voir une poitrine d’adolescente, nos regards se croisent et elle caresse le chien.

– Il est si mignon n'est-ce pas ? Savez-vous Antoine comment-il se nomme ?

– Aucune idée, je ne sais pas

– Si j'avais un jardin, moi aussi j'aurais un chien.........C'est tellement intuitif

– Je vais me renseigner…

Intuitive elle aussi ?

Le thé est imbuvable (sachet jaune à ficelle) et ne parlons pas du café que pourtant ma voisine déguste avec gourmandise accompagné d'une belle part de brioche maison !

Je me retiens pour ne pas balancer ma tasse dans les pétunias... mais le pain, le beurre (doux ici) et le miel du rucher sont exquis.

Je ramasse la vaisselle et file vers la cuisine

La cloche sonne le rappel, les travaux vont reprendre.

Au programme ce matin deux importantes communications, annonce Hélène.

- Pressons et ne prenons pas de retard comme hier

Pourtant, dans mon souvenir tout s'est passé correctement mais bon !....

Escorté du chien, je croise Hélène qui se penche et le gratifie d’une caresse.

- Alors mon Colbert,on a fait son petit tour ?

Elle le saisit ajoutant :

- Allez ! Viens avec maman, ça va commencer.

Et se tournant vers Angélique, sur un ton péremptoire :

– Mais Angélique, vous allez vous blesser, pieds nus sur ces graviers !...

– Oh Madame, enfant, j'allais pieds nus chercher l'eau au puits et ici il n'y a pas de serpents... !

– Si ! Croyez-moi il y a des couleuvres en bas vers l'étang, vous voici prévenue…....Vous ne venez pas écouter notre éminent psychosociologue ? C'est un élève du regretté professeur Cyrulski, vous savez la résilience …

– Madame, mes fonctions d'assistante de Henry Brice me font croiser tant de personnalités diverses ; mais je préfère regagner ma chambre, j'ai pris trop de retard dans mes courriers. Au fait, pourrais-je utiliser l'imprimante de votre bureau puisque les courriels sont mis au rang des souvenirs ?

- Voyez ça avec André mon adjoint fidèle, il se fera un plaisir.......

Et elle entra faisant les gros yeux à Cybèle qui, d'une main tenait un mug de café fumant et de l'autre son bloc-notes.

– Vous allez renverser chère amie et mon parquet n'aime pas !

La porte se referma. Une main légère se posa sur mon bras.

- Antoine, j’ai besoin de vous !

– Les lampes de la chambre ne s’allument plus, pourriez-vous arranger ça ?

– Certainement Angélique, elles ont dû griller avec l'orage de l'autre nuit

Je file à la réserve et dans un tiroir de bric-à-brac dégotte deux ampoules ancien modèle, ça fera l'affaire. Angélique est déjà parvenue aux anciennes écuries aménagées en deux suite pour VIP.

Comme à chaque intervention de ce type, j'éprouve un sentiment étrange et repense à Claude François mais je le garde pour moi. Un coup d’œil me permet de vérifier le confort des lieux et le soin apporté à la décoration : entre les deux lits jumeaux en 120 cm, à hauteur des yeux est fixé un crucifix où l'on a coincé un brin de buis, tradition locale ; couettes douillettes en liberty, des tapis orientaux au sol et d'épais doubles rideaux, un téléphone, une carafe d'eau et une cafetière électrique posés sur la table en merisier.

- C'est charmant cette chambre à coucher, dis-je pour rompre le silence...

Angélique, adossée près du grand miroir, me regarde.

- Effectivement, c'est confortable mais le coin salon n'a qu'une seule fenêtre. Bon, je dois me mettre au travail merci à vous...

J'emporte les deux ampoules grillées et croise, clope au bec ; le jardinier, sur sa petite tondeuse rouge, il me fait un clin d’œil et soulève sa casquette en apercevant Angélique.

- Beau temps, n'est-ce pas !

La conférence matinale est intitulée « Maladies neurovégétatives, séquelles du progrès ? »

Le professeur Pierre Yves Chambois de l'université Laval expose ses hypothèses : le syndrome d'Alzheimer aurait-il pour origine la présence d'hypochlorite de sodium dans les réseaux d'eau potable ?

Pour avoir croisé ses recherches avec des équipes japonaises il avance ce troublant constat : l'utilisation de l'aluminium en cuisine depuis la guerre, associé à l'hypochlorite pourrait être un facteur de déclenchement de ces maladies du cerveau.

- Or, précise-t-il, le Japon, pays développé, compte peu de cas d'Alzheimer. Par tradition, on y cuisine dans la fonte d'acier ou la terre cuite. Mais l'eau des réseaux contient aussi des dérivés chlorés. Conclusion de ces chercheurs québécois : il se peut que ce cocktail soit un facteur à haut risque face auquel - comme pour le scandale de l'amiante - on freine les études.

Les mains se lèvent, les questions s'accumulent, certains évoquent le complotisme, d'autres les adjuvants des vaccins ou encore les antiadhésifs des ustensiles modernes. Bref, difficile de se faire une opinion. Je me libère toujours discrètement en prévision de la pause du matin.

L'après-midi, autre conférence mais la cheffe de cuisine me demande pour me remettre la liste des courses du mardi.

Au marché il me faudra discuter les prix vérifier la pesée et la qualité. Bref, une mission de pro pour laquelle j'ai peu d’expérience mais étant donné mon statut je ne puis rechigner.

Les échanges se terminent vers 17 h. Certains partent au village proche, on entend les flonflons d'une fanfare et les premiers pétards. Je termine donc ce courrier sous le gros cèdre bleu. Les aiguilles me tombent dans les cheveux et le col de chemise je remonte à ma chambre sous les combles et m'assoupis.

La cloche du dîner me sort de ma torpeur. Les mouches m'agacent, à l'horizon, le ciel lentement s'est chargé et vire au gris fumé.

A table ! clame une voix étrange : c'est André qui bat le rappel des convives.

mardi 15 juillet 5h passées

Je sors de la chambre d'Angélique...

Je te narre cette aventure dont je garderai longtemps un souvenir ému.

A l'issue du dîner, je sors respirer l'air est lourd, il y flotte cette senteur de foin coupé, les grillons stridulent dans le talus et, sans but précis, je me dirige vers le potager dominé par une imposante serre. Édifice ancien qui mériterait le classement. Bien entretenu, on sent ici un réel investissement du personnel. Lors de repas notre hôtesse n’a cessé de rappeler que le potager fournissait la majeure partie des légumes.

Je me promène entre les rangs de choux repiqués, les pommes de terre sont en fleurs et les tomates déjà formées sont minutieusement étiquetées.

Soudain des gouttes roulent dans la poussière de l'allée et un éclair fend le ciel sans préavis : la foudre vient de toucher l'imposant séquoia d'une trentaine de mètres ; et c'est un déluge qui s'abat sur la campagne, des grêlons cognent la verrière et s'accumulent dans les planches de fraisiers. Le vent se lève.

Je m'engouffre dans la serre au risque d'être blessé par un éclat de verre.

Le regard tourné vers le château, je vois certaines fenêtres se fermer en urgence alors que d'autres restent béantes.

Celle de ma chambrette soudain se referme. Merci à ce voisin altruiste quand deux bras se nouent autour de ma taille, de fines mains aux ongles turquoise se crispent sur ma chemise et je sens son front humide se poser sur ma nuque. Muette, tremblante de tous ses membres, elle éclate en sanglots.

Un long moment en suspens et je lui parle :

– Angélique ! Réponds-moi Angélique ! Tu as eu peur de cet orage ? Ici tu ne crains plus rien nous sommes en sûreté … !

Sa jolie robe du matin est trempée, ses sandales constellées de brins d’herbe et les jambes sont griffées par les ronces.

J'avise l'armoire métallique dans un coin. Elle contient des bottes, une sacoche d'outils, sécateur, greffoir, un pot de goudron et dessous, roulée en boule une espèce de veste sans couleur.

Je la déploie : c'est un vêtement d'hiver, sans manches, pratique pour s'activer en plein air par temps froid ; elle sent le moisi mais ça ira bien, le temps de regagner la chambre.

Elle me fixe au travers de ses mèches de chien mouillé et éclate d'un rire sonore.

– Non mais Antoine tu me vois dans cette guenille.

– Écoute, ma belle on n'est pas chez Jean Paul Gautier, alors tu m'enfiles ce truc moche et on cavale au sec.

– Dans cinq minutes on sera sous la douche.

– As-tu mieux à proposer ? Pas que je sache, alors ??

L'orage ne cessait pas, soudain les lumières du château s’éteignirent

- Ah, dit-elle en riant, les ampoules neuves !

A peine avions nous fait trente pas en courant que résignés nous avons adopté le tempo promenade. Les 200 derniers mètres elle me prit la main.

- Viens chez moi on se va prendre une douche.

Quelqu’un était passé refermer la fenêtre.

Du cabinet de toilette et me lança un peignoir éponge. Je me déshabillai et enveloppé m'allongeai sur ce lit où avait dormi HBL. Enfin l'orage s'éloignait...

A côté, l'eau coulait aussi, chaude et réconfortante. Enfin dans un peignoir rouge elle apparut, une serviette nouée sur la tête.

- Angélique tu es superbe, merci pour ton hospitalité !

– Allez ! Arrête ton charme et file sous la douche tant qu’il y a de l'eau chaude !

Sa robe bleue en vrac roulée dans le lavabo avait déteint... Quand je sortis de la salle d’eau elle s 'était coulée sous la couette remontée jusqu'au menton. Je cliquai l'interrupteur : fiat lux !

– Si tu veux je te sèche les cheveux il a un séchoir à côté....

– Jamais ! Je laisse au naturel sinon je ressemble à Angela Davis, tu connais ?

– C'était une militante des droits civiques je crois !

– Exact

– Bon Angélique on dort ensemble ou on révise l'histoire des peuples en lutte ?

– Oui j’ai envie de dormir et de retrouver mon calme intérieur Sais tu que la foudre m'est tombée à moins de disons 20 m en fracassant ce grand sapin

– Un séquoia ton grand sapin

– Si tu veux ! Et j'ai senti une odeur étrange après la clap de foudre comme dans un couloir d’hôpital tu vois ?

– Oui j’ai entendu des alpinistes évoquer ce moment

– Si on doit dormir je rentre à ma tanière sous les toits du château

– Non tu restes ! J’ai peur toute seule, tu as le droit de me caresser point barre ; j'annonce la couleur en confiance ; à toi de dire si tu acceptes ou non ?

– Ok ça marche mais on rapproche les deux lits

– Nan!! On fait les petites cuillères comme les gosses .

– T 'es pas drôle, ma chérie

– Pas de chérie, veux-tu, car je suis la chérie d 'une unique personne

– Ah laisse-moi deviner… OK, j ai compris

– Tu n'aimes que les femmes, enfin une

– Je vois, je vois

Bon sang mais quel idiot

– Et donc la collaboratrice collabore et rien de plus

– Laisse-moi te poser une dernière question Angélique : serait-ce par hasard madame qui t’a imposée comme assistante de son époux à la ville

– Tu as tout compris Antoine

– Allez viens maintenant on dort !

Tu imagines mon cher Alexandre quelle nuit d’insomnie j'ai passée. Mais, au lever du jour, j’ai eu la preuve qu'elle avait échappé à l'excision traditionnelle dans l'ethnie de sa mère, les Peuls du Niger.

Son père l'a récupérée à 9 ans pour l'élever au palais du président Sissé Tombo, là où il était chef de la garde rapprochée de ce potentat.

Arrivée en France, elle fit ses études, terminées à Assas et après maints petits boulots mal payés, fut prise en affection par ce couple en vue.

Je quittai la chambre discrètement au lever du jour.

A 7 heures je partais au marché avec la camionnette de service et ce courrier que tu lis.

Des branches cassées encombraient la chaussée.

Au retour vers 10 h le jardinier, encore sous le choc, constatait les dégâts de la veille en compagnie de la châtelaine. Discrètement, il me fit un signe et me montra un papier qu'il remit dans sa poche

Je transportai les victuailles en cuisine puis allai dans sa direction.

- Hier soir je vous ai vus vous réfugier dans la serre : quelle imprudence ! Ce matin la jeune femme africaine m'a rapporté ma doudoune et remis ce papier pour vous, elle est partie en taxi il y a une petite heure........

Merci Antoine pour ce doux moment partagé, j'ai aimé.

N'ai plus grand chose à faire ici...

Prenez soin de vous, faites provision de masques et restez tel que vous êtes.

Angélique l'intuitive

L'heure de la pause sortait les participants sur le perron humide jonché de feuilles.

Je décidai d'écourter mon séjour et regagnai ma modeste chambrette .