04A- Françoise L - La chambre N°9

La chambre n°9C’est une chambre au premier étage d’un hôtel du dix-huitième siècle, une ancienne demeure épiscopale. Pour y parvenir il faut prendre l’escalier, longer un joli boudoir, la chambre n° 9 est au bout du couloir. La pièce est en forme de L : une première partie plus sombre proche de la porte puis deux marches pour gagner l’autre espace éclairé par la fenêtre. Ils y sont arrivés fourbus après un long voyage, beaucoup d’autoroute, peu d’arrêts. Elle a jeté ses bagages sur le lit, lourds de chagrin et de fatigue. Elle s’est allongée, elle n’en peut plus. Instinctivement ils ont choisi cette destination, dans cette région qu’elle connaît par son travail. Elle veut lui montrer ce coin entre le mont Canigou et la Méditerranée. Elle veut aussi se rapprocher des Pyrénées, de cette sœur disparue de l’autre coté de la frontière. M. était son alliée dans cette grande famille. Elle a toujours été là pour M. lors de ses nombreuses chutes, mais celle-ci a été fatale. Il y a eu des signes, elle a demandé à son neveu pourquoi allez vous là bas? M. lui a appris la panne de voiture la veille du départ. Mais non elle n’a rien pu empêcher ! Alors ils sont là, tous les deux, ils se connaissent depuis longtemps mais vivent ensemble depuis peu. Le soir venant, ils sont allés dîner sous la tonnelle car l’air est doux en cette fin du mois d’aout. Pti’Bon s’est régalé d’une escalope de foie gras pendant qu’elle chipote dans son assiette. Après le repas ils ont un peu marché dans les rues avant de regagner l’hôtel. Elle s’endort rapidement sans cauchemar. Il fait encore nuit noire quand elle est réveillée par les allées et venues de Pti’Bon du lit à la fenêtre. A son invitation elle tend l’oreille et perçoit d’abord un murmure. Avec le lever du jour cela s’amplifie en véritable brouhaha. Qu’est ce que cela peut être ? Pti’Bon a ouvert la fenêtre. Penché au balcon il regarde les étals colorés se mettre en place, les commerçants s’affairer à déployer leurs marchandises entre les grands platanes du boulevard. Le parfum mêlé des olives, des melons, des anchois et des saucissons monte jusqu’à eux. C’est Samedi, jour de marché à Céret. Elle se lève, cela sent si bon, sa tristesse s’envole. Le temps a passé, Pti’Bon et elle se sont mariés. Elle a continué à venir une fois par an dans la chambre n° 9. Lorsqu’elle descend avec ses collègues pour rencontrer Anne Marie à Oms, elle réserve toujours cette chambre. Et le samedi elle retrouve la magie du marché sous les platanes.

Françoise L.